31 décembre 2012

Kinkons en coeur pour un final en beauté !

Parce que je ne pouvais définitivement pas
vous abandonner sans une apothéose...
THE KINKS IN MONO
(SANCTUARY, 2011)
Bitrate: 320kbps
 
L'avis de Mister Moods:
Des quatre "piliers" de la British Invasion, les Kinks est le moins souvent nommé, moins souvent loué. Evidemment, les frères ennemis (Beatles et Rolling Stones), de part leur retentissement mondial (pour le premier) et incroyable longévité (pour le second), semblent indétrônables. Derrière, les Who font figure de challenger #1 et les Kinks de grands oubliés de service, la faute, sans doute, à une déliquescente fin de carrière (avec tout de même quelques pépite, par trop éparses)...
Alors quand sort ce magnifique objet avec des vinyl-replicas de qualité et un mono mix fidèle et performant, on se dit qu'il est grand temps de rappeler aux oublieux qu'il fut un temps où Ray Davies & Co faisaient mieux que rivaliser avec leurs copains/concurrents... Ils tutoyaient les étoiles à coup d'albums nerveux, classieux, inventifs, malins et implacables. En l'occurrence, cette Mono Box Set est le parfait rappel de cette grâce post-adolescente où déjà - dans des textes bien plus pernicieux et malins que ceux de leurs contemporains - s'affiche fièrement un second degré assumé et un humour typiquement british.
Et c'est peut-être là le drame des Kinks, celui qui en fait un des groupes cultes les plus connus de la planète en lieu et place du spot de superstars qui leur semblait promis. Ce second degré, cette distance... Ca intrigue, mais éloigne aussi.
A ceux qui n'auraient pas encore goûté au divin nectar Kinksien, je ne puis que conseiller l'écoute attentive de ce magnifique coffret, cinq des sept albums qui y sont présenté - étant entendu que les deux premiers, sympathiques mais immatures, ne sont que des brouillons du groupe à venir - peuvent être qualifié de légendaires, essentiels. Et comme en plus les bonus (4 ep's réunis sur un cd et le double de raretés, "Kollectables") sont une addition intéressante et qui n'interfère pas avec l'essence de chaque album, il ne reste plus qu'à dire : BRAVO et MERCI.

Contenu:
CD 1: KINKS (1964)
Durée: 33:26

1. Beautiful Delilah
2. So Mystifying
3. Just Can't Go To Sleep
4. Long Tall Shorty
5. I Took My Baby Home
6. I'm A Lover Not A Fighter
7. You Really Got Me
8. Cadillac
9. Bald Headed Woman
10. Revenge
11. Too Much Monkey Business
12. I've Been Driving On Bald Mountain
13. Stop Your Sobbing
14. Got Love If You Want It

CD 2: KINDA KINKS (1965)
Durée: 27:55

1. Look For Me Baby
2. Got My Feet On The Ground
3. Nothin' In The World Can Stop Me Worryin' Bout That Girl
4. Naggin Woman
5. Wonder Where My Baby Is Tonight
6. Tired Of Waiting For You
7. Dancing In The Streets
8. Don't Ever Change
9. Come On Now
10. So Long
11. You Shouldn't Be Sad
12. Something Bettter Beginning

CD 3: THE KINK KONTROVERSY (1965)
Durée: 30:15

1. Milk Cow Blues
2. Ring The Bells
3. Gotta Get The First Plane Home
4. When I See That Girl Of Mine
5. I Am Free
6. Till The End Of The Day
7. The World Keeps Going Round
8. I'm On An Island
9. Where Have All The Good Times Gone
10. It's Too Late
11. What's In Store For Me
12. You Can't Win

CD 4: FACE TO FACE (1966)
Durée: 39:34

1. Party Line
2. Rosie, Won't You Please Come Home
3. Dandy
4. Too Much On My Mind
5. Session Man
6. Rainy Day In June
7. House In The Country
8. Holiday In Waikiki
9. Most Exclusive Residence For Sale
10. Fancy
11. Little Miss Queen Of Darkness
12. You're Looking Fine
13. Sunny Afternoon
14. I'll Remember

CD 5: SOMETHING ELSE (1967)
Durée: 36:22

1. David Watts
2. Death Of A Clown
3. Two Sisters
4. No Return
5. Harry Rag
6. Tin Soldier Man
7. Situation Vacant
8. Love Me Till The Sun Shines
9. Lazy Old Sun
10. Afternoon Tea
11. Funny Face
12. End Of The Season
13. Waterloo Sunset

CD 6: THE KINKS ARE VILLAGE GREEN PRESERVATION SOCIETY (1968)
Durée: 40:10

1. The Village Green Preservation Society
2. Do You Remember Walter
3. Picture Book
4. Johnny Thunder
5. Last Of The Steam Powered Trains
6. Big Sky
7. Sitting By The Riverside
8. Animal Farm
9. Village Green
10. Starstruck
11. Phenomenal Cat
12. All Of My Friends Were There
13. Wicked Annabella
14. Monica
15. People Take Pictures Of Each Other

CD 7: ARTHUR (1969)
Durée: 48:59

1. Victoria
2. Yes Sir, No Sir
3. Some Mother's Son
4. Drivin'
5. Brainwashed
6. Austraila
7. Shangri La
8. Mr Churchill Says
9. She's Bought A Hat Like Princess Marina
10. Young And Innocent Days
11. Nothing To Say
12. Arthur

CD 8: THE KINKS EP'S (2011)
Durée: 40:41

KINKSIZE SESSION (1964)
1. Louie Louie
2. I've Gotta Go Now
3. Things Are Getting Better
4. I've Got That Feeling
KINKSIZE HITS (1965)
5. You Really Got Me
6. It's All Right
7. All Day And All Of The Night
8. I Gotta Move
KWYET KINKS (1965)
9. Wait Till The Summer Comes Along
10. Such A Shame
11. A Well Respected Man
12. Don't You Fret
DEDICATED KINKS (1966)
13. Dedicated Follower Of Fashion
14. Till The End Of The Day
15. See My Friends
16. Set Me Free

CD 9: THE KINKS MONO KOLLECTABLES VOL. 1 (2011)
Durée: 40:57

1. Long Tall Sally
2. You Still Want Me
3. You Do Something To Me
4. It's Alright
5. Beautiful Delilah (alternate mono mix)
6. I'm A Lover Not A Fighter (alternate mono mix)
7. Bald Headed Woman (US mono mix)
8. Ev'rybody's Gonna Be Happy
9. Who'll Be The Next In Line
10. I Need You
11. Never Met A Girl Like You Before
12. Sittin' On My Sofa
13. I'm Not Like Everybody Else
14. Dead End Street
15. Big Black Smoke
16. Act Nice And Gentle
17. Autumn Almanac

CD 10: THE KINKS MONO KOLLECTABLES VOL. 2 (2011)
Durée: 61:29

1. Afternoon Tea (Canadian mono mix)
2. Susannah's Still Alive
3. Wonderboy
4. Polly
5. Lincoln County
6. There Is No Life Without Love
7. Days
8. She's Got Everything
9. Hold My Hand
10. Creeping Jean
11. Plastic Man
12. King Kong
13. Mindless Child Of Motherhood
14. This Man He Weeps Tonight
15. Australia (Australian single mix)
16. Lola
17. Berkeley Mews
18. Apeman
19. Rats
20. Apeman (European single version)

BONUS
Cerise sur le gâteau, peut-être mon préféré des Kinks... Quoiqu'Arthur... Village Green... Something Else... Bref, trop souvent oublié, voici...
CD 11 : MUSWELL HILLBILLIES (1971)
Durée: 51:44
Bitrate: 320kbps

1. 20th Century Man
2. Acute Schizophrenia Paranoia Blues
3. Holiday
4. Skin & Bone
5. Alcohol
6. Complicated Life
7. Here Come The People In Grey
8. Have A Cuppa Tea
9. Holloway Jail
10. Oklahoma U.S.A.
11. Uncle Son
12. Muswell Hillbilly
13. Mountain Woman
14. Kentucky Moon

L'avis de Mister Moods:
Pour leur tout joli, tout neuf nouveau contrat avec RCA (qui succède donc à Pye chez qui tous les albums des Kinks étaient alors sorti), Ray Davies & Co frappent fort. Muswell Hillbillies succède pourtant à une impeccable succession d'albums de qualité supérieure (qui tutoient les Beatles et ridiculisent le reste de la concurrence) et surtout d'un Lola totalement renversant. Faire ne serait-ce qu'aussi bien parait alors un doux songe ô combien inaccessible.
Mécréant que nous étions ! Les Kinks relèvent le défi et le soufflet méprisant qu'ils nous assènent à tout d'un uppercut de Cassius Clay. Parce qu'en plus d'être de d'excellents instrumentistes, les Kinks sont des compositeurs supérieurement malins possédant une incroyable aptitude au renouvellement. Leur melting-pop and blues américano-britannique (un comble pour le plus anglais des groupes de la british invasion), tantôt bouffonnant, tantôt bouleversant, est preuve de l'écrasante injustice subie par un groupe connu pour une poignée de chansons alors qu'ils délivrèrent les perles à la chaîne. Comme sur ce Muswell Hillbillies un poil chaotique... Comme l'est la vie des cette working class ici dépeinte.
Bipolaire et délicieux, larger than life, mais hélas trop méconnu (comme le sont la plupart des albums de ces divins britons), Muswell Hillbillies, album sans le moindre faux-pas, est évidemment chaudement recommandé et vous fera voyager plus qu'agréablement quelque soit la paroisse pour laquelle vous prêchez.
 
 
Pour ceux que ça intéresserait, je continuerai probablement de publier quelques chroniques sur Amazon que vous pourrez retrouver ICI et pour lesquelles vous pourrez même commenter et "cliquer"...
Encore un grand merci à tout ceux qui ont suivi, téléchargé, commenté, participé, soutenu mon aventure dans la blogosphère partageuse, vous avez enrichi l'expérience au-delà de mes plus folles espérances. Et sur ce...
 
AU REVOIR !
.
GOODBYE!

Walking alone (in the wilderness of mediocrity)

SCOTT WALKER "BISH BOSCH" (4AD, 2012)
Durée: 73:04
Bitrate: 320kbps


Tracklist:
1. See You Don t Bump His Head' 4:06
2. Corps De Blah 10:11
3. Phrasing 4:45
4. SDSS1416+13B (Zercon, A Flagpole Sitter) 21:41
5. Epizootics! 9:40
6. Dimple 6:47
7. Tar 5:39
8. Pilgrim 2:26
9. The Day The "Conducator" Died 7:45


Personnel:
- Scott Walker: chant, guitare, claviers, percussions
- Hugh Burns: guitares acoustiques et électriques, ukulele
- James Stevenson: guitares
- Alasdair Malloy: percussions, tuned gongs, machetes
- MarkWarman: claviers, traitements, programmation, direction d'orchestre, machetes, handclaps, tuned gongs
- Peter Walsh: effets de claviers, traitements, programmations, claquements de doigts
- Ian Thomas: batterie
- John Giblin: basse
- Paul Willey: violon "harmonics"
- Michael Laird: kudu, shofar
- Pete Long: tubax, sax bariton
- BJ Cole: pédale steel hawaïenne
- Guy Barker: trompette
- Trevor Rees-Roberts: trompette
- Andrew McDonnell: bruit blanc

L'avis de Mister Moods:
Rien n'aurait pu, du temps des Walker Brothers et même dans la première période de sa carrière solitaire (1964-1974, conclue dans un presque parfait anonymat), laisser présager le tournant avant-gardiste et bizarroïde abordé par Scott Walker avec Climate of Hunter (1984) ou, encore plus radicalement, avec le psychotisant Tilt (1995) et entériné avec The Drift (2006). Rien de plus logique, donc, qu'en 2012 l'américain enfonce encore une fois le clou avec un nouvel Objet Sonore Non Identifié cette fois-ci titré Bish Bosch.
Séquencé en neuf pistes, en neuf chapitres, on n'ose plus dire "chanson" à ce niveau d'abstraction, et basé sur (dixit l'auteur, que l'on croit sans peine à défaut d'avoir déjà exploré l'aspect textuel de la chose) le très fameux triptyque de Hieronimus Bosch, Le Jardin des Délices, Bish Bosch est une nouvelle épreuve forcée aux nerfs des mélomanes aventureux, une expérience désormais connue de ceux qui ont goûté aux travaux récents du crooner post-apocalyptique où des pastilles de normalité, des échantillons d'harmonie ne servent qu'à vriller, un peu plus loin, les neurones, de l'innocent auditeur, où la déstructuration est loi et l'étrangeté tout sauf rassurante. Oui, Bish Bosch fout un peu la trouille parce que, clairement, rien n'a été ici conçu pour le confort. Et pourtant, pourtant... On ne peut qu'être attiré, comme on l'est pas la troupe des Freaks de Todd Browning par exemple, par ces explorations  péri-maladives, proto-paranoïdes, par cette voix à la fois émotionnelle et détachée, par ces instrumentations accumulant les références diverses et multiples sans jamais vraiment, au final, ressembler à quoique que soit d'autre que ce que Mister Walker nous a déjà fait subir, victimes ô combien consentantes que nous sommes.
Artiste libre, glorieusement incapable de quelque compromis mercantile que ce soit, il n'est que logique que Scott Walker, toujours exigeant mais parfois un peu perdu (ou nous perdant, c'est selon), soit devenu une icône du bon goût avant-gardiste. Ses albums rares, riches, demandant toujours une écoute recueillie et attentive, ne faisant que se bonifier avec le temps, sont autant de preuves d'une maestria non-démonstrative, d'une négation complète de règles harmoniques et compositionnelles habituellement accolées à la pop music (parce que ça en reste, à distance) et qui, pourtant, fonctionnent. C'est le monde d'un artiste définitivement pas comme les autres, un monde "meilleur"...
A vos risques et périls mais, de l'avis de votre serviteur, le jeu en vaut largement la chandelle.

I don't understand people's reaction to Scott's later work. would people really prefer it if he was crooning his old 60's hits on a stool in an argyle jumper? It's just not what makes him great - he's always pushed himself and his audience.
Anyways onto the album - just like the Drift this took ages to latch onto. They're at first listen is no common theme or impetus to the songs, but they reveal themselves with repeated listens, and when they click it's a revelation. "Zercon" becomes quite touching and is the stand out track - the monologue of a downtrodden person and his hatred for his employers/taunters and his low place in society - he eventually transforms into a star - but the irony is that this life defined by hatred has rendered him the coldest object in the known universe! Not usual song matter but Walker's modern work will be better enjoyed if you look at the songs figuratively and not literally and find meaning for yourself.
The album is beautifully recorded and produced and genuinely amusing in parts - the humour is quite broad at times.
A concept album about decay - (decaying empires/decaying bodies/bodily function/ageing) - are the main theme of the album and quite fitting for an artist of Walkers years to contemplate their own mortality. If Tilt was a haunted wood and Drift an abattoir Bish Bosch is the whole system, maybe the universe itself coming apart.
While not light listening theirs a lot to like here if you're at all open minded about your music - ignore the snotty reviews claiming Walker's lost his marbles, quite the opposite - his early work and later work seem to me one piece - Scott's songs have always had a heart of darkness - I really enjoyed Bish Bosch - one minor criticism is that it's not as shockingly new as Drift was, but as usual Walker only ever competes with himself - a true original and a dark minded maverick to cherish. LONG LIVE SCOTT!!!  (Customer review from Amazon.co.uk)

30 décembre 2012

Wadada sur son clairon

WADADA LEO SMITH "TEN FREEDOM SUMMERS" (CUNEIFORM, 2012)
Enregistrement: 2011
Durée: 273:48
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
Disc 1 (72:21)

1. Dred Scott, 1857 11:48
2. Malik Al Shabazz and the People of the Shahada 5:15
3. Emmett Till: Defiant, Fearless 18:02
4. Thurgood Marshall and Brown vs. Board of Education: A Dream of Equal Education, 1954 15:05
5. John F. Kennedy's New Frontier and the Space Age, 1960 22:08

Disc 2 (66:06)
1. Rosa Parks and the Montgomery Bus Boycott, 381 Days 12:43
2. Black Church 16:35
3. Freedom Summer: Voter Registration, Acts of Compassion and Empowerment, 1964 12:34
4. Lyndon B. Johnson's Great Society and the Civil Rights Act of 1964 24:12

Disc 3 (67:59)
1. The Freedom Riders Ride 16:40
2. Medgar Evers: A Love-Voice of a Thousand Years' Journey for Liberty and Justice 10:07
3. The D.C. Wall: A War Memorial for All Times 12:17
4. Buzzsaw: The Myth of a Free Press 15:03 
5. The Little Rock Nine: A Force for Desegregation in Education, 1957 13:49

Disc 4 (67:32)
1. America, Pts. 1, 2 & 3 14:11
2. September 11th, 2001: A Memorial 9:39
3. Fannie Lou Hamer and the Mississippi Freedom Democratic Party, 1964 8:36
4. Democracy 14:30
5. Martin Luther King, Jr.: Memphis, the Prophecy 20:34

Personnel:
- Wadada Leo Smith: trompette
- Jim Foschia: clarinette
- Larry Kaplan: flute
- Anthony Davis: piano
- John Lindberg, Tom Peters: basse
- Pheeroan AkLaff, Susie Ibarra: batterie
- Lynn Vartan: percussions
- Alison Bjorkedal: harpe
- Lorenz Gamma, Shalini Vijayan: violon
- Peter Jacobson: violoncelle
- Jan Karlin: viola

L'avis de Mister Moods:
Il fallait bien la petite note d'humour du titre pour détendre l'atmosphère parce que même s'il possède d'énoooormes qualités, c'est entendu, le Ten Freedom Summers de Wadada Leo Smith est tout sauf une ode à la légèreté...
En l'occurrence, le thème (les droits civiques) comme la manière (du free jazz flirtant avec la musique contemporaine) et la durée (4 cds glorieusement roboratifs) vous embarquent dans un monde pas forcément très facile d'accès mais extrêmement gratifiant pour celui qui saura y pénétrer et, donc, en appréhender la profondeur, la puissance, la beauté.
Pas facile parce qu'il aura mieux valu avoir été roué à une gamme mélodique, à une manière compositionnelle sortant notablement de l'ordinaire par des explorations précédantes pour ne pas se sentir un tout petit peu perdu. Pas facile, aussi, parce que ces longues plages tortueuses et passionnées, enchaînant improvisations échevelées et passages "en contrôle", ne se livrent pas comme la première chanson pop venue ; elle s'amadouent, s'apprivoisent telles les créatures sauvages et complexes qu'elles sont et en dérouteront plus d'un dans l'entreprise. Pas facile, enfin, parce qu'à l'évidente qualité s'ajoute l'impressionnante quantité, parce que ces quatre heures et demie sont d'une rare densité expliquée sans peine par le fait que Wadada livre ici une oeuvre somme qu'il gamberge depuis plus de drois décennies.
Pour toutes ces raisons, Ten Freedom Summers est une oeuvre terrifiante autant que passionnante, d'abord ardue et finalement valorisante qu'on ne conseillera certes pas à toutes les oreilles mais qui ravira, sans l'ombre d'un doute, tant les amateurs de musique contemporaine libre que ceux qui s'adonnent volontiers à un jazz qui ne l'est pas moins. Pour ceux-ci, ainsi que pour tous ceux pour qui la musique est plus qu'un bruit de fond rythmant la routine du quotidien, l'objet aura une conséquente force d'attraction et méritera toutes les louanges.
En un mot comme en mille : vertigineux !
 
Ten Freedom Summers truly deserves to be described as an epic work: 19 pieces across four CDs, encompassing more than four hours of music, composed by Wadada Leo Smith over the last 34 years. If it weren’t for the fact that the prolific 70-year-old trumpeter shows absolutely no sign of slowing down, it would be tempting to call it the work of a lifetime.
As the title indicates, the album represents meditations on the US Civil Rights movement from 1954 up to the signing of the Civil Rights Act in 1964 – as seen through the eyes of an African-American artist who witnessed it first hand. The scope of the work is enormous, touching not just on the milestones and personalities of that turbulent decade but, like ripples spreading out from a central point of impact, reaching back to 19th century forbears such as Dred Scott and forward to the trauma of 9/11.
Yet, despite the scale of the themes, there’s never any doubt that these are highly personal reflections. Smith’s horn is a clear and strident cry, as angry as it is mournful. Indeed, much of the music sounds like struggle – a long way from the languid groove of his avant-funk unit, Organic. Here, it’s a mixture of austere contemporary classical composition performed by the LA-based Southwest Chamber Music ensemble, and turbulent free jazz improvised by the Golden Quartet, featuring pianist Anthony Davis, bassist John Lindberg and drummers Susie Ibarra and Pheeroan akLaff. Ibarra’s presence hints at an aesthetic link to the similarly rigorous and serious work of tenor saxophonist David S. Ware, with whom she has recorded. Yet, apart from a brief, loping vamp halfway through the first CD, there’s little of the deep, modal impulse that characterises much of Ware’s work. Instead, the playing more closely echoes the all-out ferocity of albums like Ware’s Wisdom of Uncertainty.
Above all, what Ten Freedom Summers shares with Ware’s work is a sense that the music is more than a merely emotional statement. This is a spiritual call to action, a powerful argument not just for civil rights but for universal human rights; a vision not just of a better America, but a better humanity; a plea for compassion and, yes, love. File this alongside iconic consciousness-raising jazz such as John Coltrane’s Alabama and Max Roach’s Freedom Now Suite. Another classic of the genre is born. (BBC Music)

29 décembre 2012

Rêves pachydermes

UFOMAMMUT
"ORO (OPUS PRIMUM + OPUS ALTER)" (NEUROT, 2012)
Enregistrement: 2011/12
Durée: 94:01
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
- Opus Primum
Durée: 51:05

1. Empireum 13:55
2. Aureum 12:28
3. Infearnatural 7:26
4. Magickon 7:57
5. Mindomine 9:18
- Opus Alter
Durée: 42:56

1. Oroborus 7:55
2. Luxon 6:04
3. Sulphurdew 12:18
4. Sublime 9:42
5. Deityrant 6:57




Personnel:
- Urlo: basse, effets, synthétiseur, chant
- Poia: guitare, synthétiseur, chant
- Vita: batterie, chant 

L'avis de Mister Moods:
Un éléphant furieux avec la grâce d'un elfe. Ca aurait pu s'appeler Black Floyd et nous venir de la Prude Albion sixtiséventisante, c'est un mammouth spatial transalpin. A 3, sans chichis, avec beaucoup de chichon et autres substances rirophiles, ces trois olibrius à poils planent en pilonnant, pilonnent en planant. 94minutes de space doom, la dose est conséquente mais pas indigeste. Recommandé !
 

NB: Ceci était un exercice de style auto-imposé (on n'est jamais mieux servi...) : faire le plus court possible tout en restant descriptif et (relativement) littéraire. Qu'en pensez-vous ?
 

A fierce elephant with the grace of an elf. It could have been called Black Floyd and originate from the late 60's/early 70's british scene, it's a mammoth from Italy. A 3 piece, no unnecessary pomp, a lot of weed, these three hairy weirdos are both heavy and aerial, ruthless and trippy. 94 minutes of space doom, it's quite a mouthful, but a tastefull one. Recommended!

28 décembre 2012

L'Oeuvre au Noir

SWANS "THE SEER" (YOUNG GOD, 2012)
Enregistrement: 2011
Durée: 119:16
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
CD 1
1. Lunacy 6:09
2. Mother of the World 9:57
3. The Wolf 1:35
4. The Seer 32:14
5. The Seer Returns 6:17
6. 93 Ave. B Blues 5:21
7. The Daughter Brings the Water 2:40

CD 2
1. Song for a Warrior 3:58
2. Avatar 8:51
3. A Piece of the Sky 19:10
4. The Apostate 23:01

Personnel:
Swans
- Michael Gira: chant, guitare, harmonica
- Kristof Hahn: lap steel guitare
- Thor Harris: percussions, chimes, vibraphone, piano, clarinette
- William Rieflin: piano, orgue, synthétiseur
- Christopher Pravdica: basse
- Phil Puleo: percussion, dulcimer
- Norman Westberg: guitare
Musiciens additionnels
- Karen O: chant sur "Song for a Warrior"
- Alan Sparhawk et Mimi Parker de Low: choeurs sur "Lunacy"
- Jarboe: choeurs sur "The Seer Returns", "A Piece of the Sky"
- Seth Olinsky, Miles Seaton et Dana Janssen d'Akron/Family: choeurs sur "A Piece of the Sky"
- Caleb Mulkerin et Colleen Kinsella de Big Blood: accordéon, chant, dulcimer, guitare, piano
- Sean Mackowiak (Grasshopper): mandoline, clarinette
- Ben Frost: sons de feu (acoustique et synthétiques) sur "A Piece of the Sky"
- Iain Graham: cornemuse sur "The Seer"
- Bruce Lamont: cuivres sur "The Seer"
- Bob Rutman: steel violoncelle sur "The Seer"
- Cassis Birgit Staudt: accordéon
- Eszter Balint: violon
- Jane Scarpantoni: violoncelle
- Kevin McMahon: enregistrement, processing, mixage, batterie additionnelle sur "The Seer Returns" et "Avatar",   guitares sur "Song for a Warrior" et "Avatar"
- Bryce Goggin: piano sur "Song for a Warrior"
- Stefan Rocke: basson sur "The Seer"

L'avis de Mister Moods:
Une fois n'est pas coutume, je ne vais rien écrire sur l'album du jour et laisser, en guise d'hommage à son magnifique blog (Les Chroniques de Charlu) la place à l'ami VincenD (aka Charlu) qui l'évoquait avec beaucoup de talent lors de la 4ème éditon du Grand Concours des Bloggers Mangeurs de Disques (du fantastique Club des Mangeurs de Disques de l'ami Jimmy) sur le thème "La Beauté du Diable". Tellement bon que je ne me voyais pas mieux faire. Voici :

"Attention chien méchant.
 
Prenez garde avant d'entrer sur les terres de Swans.
Basse maladive, drums musclées, guitares méchantes, synthés cryptiques, chant habité au timbre gras, tout pour laisser le badaud au seuil de la grille. Musique industrielle côtoyant le gothique psychédélique, de l'urbain proche d'un cimetière....

C'est pas une raison pour se barrer en courant. Le cimetière est ceinturé de gros murs hauts en silex, et la ruelle d'où s'ouvre le panorama mortifère est éclairée de quelques lampadaires lunaires. Rien à craindre, Swans a muri sa musique, depuis le temps que Michael Gira et sa bande menacent, s'exhibent et se ruent dans la fosse. Tout ici, s'érige comme le demi-donjon qui tient tète depuis des siècles. Il y a bien quelques pierres qui tombent au bout d'une poignée d'années, mais elles ne sont jamais tombées sur un crane, un périmètre de sécurité veille. D'ailleurs, j'en ai chipé une que je laisse reposer dans mon garage comme un trophée. Lequel ?, celui d'arriver à aimer la musique de Swans sans jamais avoir signé le pacte qui tendrait à franchir l'épais mur de silex pour capter les feux follets, pour communier avec le diable.
Sans jamais sombrer dans le cliché, les derniers opus de Swans que Gira réinvente depuis quelques années, se laisse écouter, naturellement, avec en substance, la timide envie de se klaxonner la gueule dans le mathématiquement sombre. Une légère envie de désespoir musclé à l'upercut avec une tranquille envie de mordre.. pas le pire des temps de chien en fait. Il est facile de se laisser tenter par le vertige choc et la colère artistique sans pour autant planter les crocs dans n'importe quelle carotide.
D'ailleurs, au verso, c'est le sphincter du cleps qui est offert à toutes les extrémités de bottes enragées. Entre les deux pochettes, un puissant double album frôlant l'intelligence constructive, qui paraît quelques mois après le double live «We rose from your bed with the sun in our head » , au même design.
Allez, vous pouvez entrer sans problème, le pit est là qui hurle, mais il est enchainé à la cave. On l'entend juste gueuler et on imagine les canines baveuses, juste en dessous des deux billes cernées de poils qui cherchent du regard une proie. Entrez, vous allez juste frissonner à frôler le soupirail entrouvert sous lequel de grosses chaines font un va-et-vient sur la dalle de ciment crasseuse.
Swans fait peur, pour qui n'est jamais venu. Gira montre ses fesses au public, le chien son oeil de bronze, maître de cérémonie sur scène.. et pourtant, c'est hyper bon sur la platine, bien dosé, construit. Swans fait peur par son passé trash destroy rageusement goth... « Swans are dead », le monstrueux « Cop/young god.greed/holy money », l'effrayant « Filth/body to body, job to job » à l'époque où le pit déchiquetait, déjà des dents sur la pochette.
Venez, entrez.. vous verrez, c'est pas loin du nirvana, il a quand même accueilli Mi and Lau, Lisa Germano, James Blackshaw, Devendra Banhart, Larkin Grimm.... eux n'ont pas eux peur de pénétrer dans cette propriété diaboliquement paradisiaque...puis il a sorti « The great annihilator », sombre, mais acoustiquement apaisé.
Sous ses allures de mastodonte terrifiant, une poésie sombre vient diluer la violence. Michael Gira carbure, de sa carrière solo à Swans, en passant par Angel of light... tourmente crescendo, un art béton, mais pas armé... c'est vachement bon les nouveaux disques de Swans, même les gentils monstres de 33 minutes « The seer » .
On ne sait juste pas si vous en ressortirez.....
"
 
Michael Gira claims that Swans' The Seer took 30 years to make: "it's the culmination of every previous Swans album as well as any other music I've ever made, been involved in or imagined." This is not hyperbole. Two years after My Father Will Lead Me Up to a Rope to the Sky, The Seer is the most sprawling, ambitious, thoughtfully conceived and tightly performed recording in the band's catalog -- also not hyperbole -- over two discs, two hours, and 11 tracks. And it is not an endurance test, but an argument for compulsive listening. It's an exquisitely wrought journey through post-rock, electronic soundscapes, haunting acoustic songs, punishing noise, and (lots of) percussion. While the extremes of Filth are rare here, their roots are clearly present, as is everything else, from Cop to White Light from the Mouth of Infinity to Soundtracks for the Blind to Angels of Light. The previous musical incarnations of Swans have been honed to sharpened points, carving new musical and sonic terrain from rock into an intensely focused whole. "Lunacy" opens it with tight, seamless repetition and builds to shattering crescendo as a prolonged introduction, before chanted vocals (Alan and Mimi from Low guest) enter. They eventually give way to open-ended, restrained instrumental explorations, creating a suite-like construction in just over six minutes. The 32-minute title cut uses every tool in the Swans arsenal like a hammer, from nearly maddening repetition and clattering dissonance to nuanced space; dynamics to multivalent, layered electronic textures. Its coda, the six-minute "The Seer Returns," features tribal, shuffling floor toms and bass drums. Former member Jarboe appears on the 19-minute "Piece of the Sky." After a long intro that includes field recordings and industrial noise, her hovering voice is multitracked in a wide-open, blissed-out drone before thundering post-rock and experimental drones eventually find Gira (with Jarboe backing) singing what may be the story of their partnership. Karen O from Yeah Yeah Yeahs, sings "Song for a Warrior," a gorgeous number that commences as a country waltz before opening onto a shimmering, nearly opulent instrumental terrain before gradually stripping its way back to even starker sonic folk terrain. It's Gira speaking through that feminine voice, offering his own statement of purpose and accepting its cost. Set closer, the 23-minute "Apostate," is Swans at their most punishing. Given its length, it takes its time getting there, but when the chaos and world-shaking begin, the band leans full-on into the abyss to deliver a nearly frightening conclusion; Gira employs the full range of his powerful voice in the heart of the maelstrom before a stampede of drums pushes the track out onto other side of oblivion. The Seer is unquestionably a work of ecstatic beauty; it encompasses everything because it is everything. It references the aesthetic developed by Swans, and moves it past current musical boundaries and onto a new sonic frontier, where they stand, as they have always stood, alone. (Thom Jurek, Allmusic)

27 décembre 2012

Kabbalifragilistique

AARON NOVIK "SECRET OF SECRETS" (TZADIK, 2012)
Enregistrement: 2012
Durée: 68:56
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Secrets of Creation (Khoisdl) 14:51
2. Secrets of the Divine World (Terkish) 13:21
3. Secrets of the Divine Chariot (Hora) 11:41
4. Secrets of the Holy Name (Doina) 11:47
5. Secrets of Formation (Bulgar) 17:16

Personnel:
- Aaron Novik: clarinette électrique, percussions, programmations
- Matthias Bossi: batterie
- Carla Kihlstedt: violon électrique
- Cornelius Boots: clarinette basse "robot"
- Willie Winant: tympani, vibraphone, glockenspiel, gong, tubular bells
- Fred Frith: guitare
Invités:
- Ben Goldberg: clarinette contre-alto, clarinette
- Lisa Mezzacappa: basse
- Aaron Kierbel: dumbek
The Real Vocal String Quartet:
- Alisa Rose, Irene Sazer: violon
- Jessica Ivry: violoncelle
- Dina Maccabee: viola
Jazz Mafia Horns:
- Jamie Dubberly: trombone basse
- Henry Hung: flugelhorn, trompette, cor français
- Doug Morton: tuba
- Adam Theis: trombone

L'avis de Mister Moods:
Il est de ces albums que les mots ne suffisent pas à décrire, qu'un vocabulaire lambda peine à imager à leur juste valeur, de ces objets soniques aussi improbables que délicieux dont on aime chaque instant où ils nous baladent sans trop savoir où ils vont nous mener ensuite. La surprise, c'est un fait, est le Saint Graal du mélomane aventureux, une Madeleine qu'on déguste avec autant de contentement que ses saveurs parviennent à nous surprendre.
Pourtant le long crescendo introductif aux aromes moyen-orientaux paraissait installer un tableau plutôt classique fait de grâce jazz contemporaine et de klezmerisation modérée... Puis la note s'alourdit, le propos se durcit, rock progresse comme un roi cramoisi au rouge, monolithe écrasant de puissance, de beauté aussi... Et ce n'est pas fini ! On freejazze ensuite au son de l'étrange clarinette robot, seule, glaçante, spéciale et spatiale, vrille du tympan bientôt secondé de tribalismes rythmiques et synthétiseurs industrieux... Et ce n'est toujours pas fini, en ultime mouvement les cordes reviennent hanter l'espace, approfondir le spectre, réchauffer l'ambiance aussi. Bluffant ! Mais vous comprendrez que la complexité, la richesse, l'étrangeté de la chose aussi appelle à une perception émotionnelle, mystique que le verbe ne peut qu'approximer.
Même une exploration des noms constituant ce big bang progo-jazzo cabalistique, et les nombreux instruments employés, ne fera que griffer la surface d'un impressionnant iceberg, d'un improbable et pourtant tout à fait addictif Himalaya. Certes, quelques sommités au rendez-vous sont autant de blanc-seings accordés à l'oeuvre. On citera Carla Kihlstedt et son violon vibrionnant, Mathias Bossi battant expertement ses peaux, Willie Winant (souvent utilisé en musique contemporaine par John Zorn et qui prit aussi part à l'aventure Mr. Bungle de l'inéffable Mike Patton) percussionniste toujours si juste ou Fred Frith dont la guitare et la barjerie ne sont plus à vanter. Une fine équipe idéalement employé dans un opus passionnant de bout en bout et pas si difficile d'accès que la description détaillée du premier titre pourrait le laisser penser (y a la grâce ! à la tonne !).
Ce secret là, il faut le partager ! Absolument.

Aaron Novik is a remarkable clarinetist/composer/illustrator who is based in the San Francisco Bay Area. His latest project features some of the greatest musicians out of the Bay Area music scene, including Fred Frith, Ben Goldberg and Carla Kihlstedt. Combining Jewish gematria with contemporary classical compositional techniques he has created a strikingly original reading of Kabbalah. Divided into five sections this suite of music contains elements of rock, classical, improvisation and world music, all masterfully blended into a new and personal musical universe. (Tzadik)

26 décembre 2012

4ème lame

THE SWORD "APOCRYPHON (DELUXE EDITION)" (RAZOR & TIE, 2012)
Enregistrement: 2012
Durée: 68:56
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. The Veil of Isis 5:32
2. Cloak of Feathers 5:25
3. Arcane Montane 4:06
4. The Hidden Masters 4:49
5. Dying Earth 5:22
6. Execrator 2:46
7. Seven Sisters 3:30
8. Hawks & Serpents 4:31
9. Eyes of the Stormwitch 3:10
10. Apocryphon 4:59
Bonus
11. Arrows in the Dark (live at Emo's) 4:53
12. Barael's Blade (live at Stubbs's) 3:00
13. The Chronomancer II: Nemesis (live at Stubb's) 6:05
14. Ebethron (live at Stubb's) 6:36
15. Cheap Sunglasses (ZZ Top cover) 4:18

Personnel:
- J. D. Cronise: chant, guitare
- Kyle Shutt: guitare
- Bryan Richie: basse, synthétiseurs
- Santiago "Jimmy" Vela III: batterie, percussions

L'avis de Mister Moods:
Désormais une référence bien établie dans le petit monde du Stoner Rock et du Heavy Metal revivaliste 70s, les texans de The Sword s'avancent avec leur 4ème album, Apocryphon, et pas le moindre signe d'affaiblissement.
Au programme, toujours cet hybride métallique sous haut parrainage Sabbathien où les riffs plombés groovent plus souvent qu'à leur tour, où le chanteur - digne héritier de l'abatteur de Birmimgham sans en être le clone - balance des mélodies et des textes qui font mouche, où la section rythmique s'amuse visiblement beaucoup (en particulier un batteur, nouveau venu dans l'entreprise, qui roule de plaisir du début à la fin) à rythmer des compositions efficaces et bien troussées.
Dans la lignée des albums sortis par le quatuor, on rapprochera volontiers Apocryphon de leur pèché originel, Age of Winters avec lequel il partage des aspirations secouantes similaires. Toutefois, c'est revu à l'aulne des progressions du groupe qu'il s'affiche avec, notamment, des emprunts stylistiques à d'autres géants que l'ultra-référentiel Black Sabbath comme le prouvent quelques double-guitares en directe provenance du catalogue de Wishbone Ash ou Thin Lizzy, des atours psychédélico-progressifs non sans rappeler (par exemple, pas tout à fait au hasard...) Hawkwind. Juste ce qu'il faut, en fait, pour créer un identité (à minima) et éviter de ne passer que pour de vils recycleurs d'émotions.
Si la tracklist est sans faux pas - quoiqu'un peu monolithique à la première écoute, autant l'avouer -, la production précise, claire, puissante et bien équilibrée n'est pas en reste et constitue l'écrin idéal pour ce genre de perle sauvage qu'elle couronne donc d'un succès sonique complétant aptement la réussite compositionnelle.
Certes, The Sword n'invente rien mais le fait avec un tel talent, une telle aisance et une telle conviction qu'on ne peut que croire à l'honnêteté de la démarche. En l'espèce, Apocryphon, beau résumé des épisodes précédents à défaut de développement prospectif de leur art, s'avère, pour les nouveaux venus, une excellente entrée en matière et, pour les habitués, un rendez-vous qu'on se devra de ne pas manquer. Et encore moins dans une "deluxe edition" offrant, en sus des 44 minutes nouvellement déployées, 20 minutes de live de belle tenue et une reprise de ZZ Top, Cheap Sunglasses, qu'on n'attendait pas forcément là (sauf à considérer leur racines texanes) mais accomplit son petit effet.
A consommer, donc, sans modération avec les potards à 11, c'est ainsi que l'impact en sera le plus significatif.

 
After conquering the realms of fantasy and science fiction, classic metal revivalists The Sword head into a more metaphysical space on their fourth album, Apocryphon. Though they return to the looser, more groove-heavy sound of their earlier work, the spacy influence of Warp Riders can still be felt here and there, with songs like "Execrator" bringing occasional flourishes of psychedelic, effects-drenched guitar work. All over the album it feels as though The Sword are bringing together everything they've learned from their other records, and with its combination of ambition, heaviness, and swagger, titular album-closer "Apocryphon" feels like a one-song "best-of", bringing everything the band has done before it together into a singular epic metal journey. This combination makes for a sound that isn't so much more mature as it is more refined. The Sword feel more confident and in control on Apocryphon, and the feeling comes through with each titanic riff. And while we're on the subject of rough edges, singer John Cronise delivers his best performance yet. Listening to "Cloak of Feathers," his vocals feel more powerful and substantial, and with the frontman feeling more in command, everything else seems to follow suit. The bottom line here is that for all of their tweaks and changes, The Sword are still a band all about massive riffs and epic lyrics, and while other bands might be more structurally complex or aggressive, few can offer the instant cosmic journey that dropping the needle on Apocryphon can. (Gregory Heaney, Allmusic)

25 décembre 2012

Et un joyeux Zörnel à tous !

TOUT CE QU'A SORTI JOHN ZORN EN 2012?
...UN JOYEUX ZÖRNEL A TOUS !

JOHN ZORN "MOUNT ANALOGUE"

Enregistrement: 2011
Temps: 38:21
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Mount Analogue 38:21
(pas d'extrait !)

Personnel:
- Cyro Baptista: percussions, voix
- Shanir Ezra Blumenkranz: basse, oud, gimbri, voix
- Tim Keiper: calabash, batterie, percussions, voix
- Brian Marsella: piano, orgue, voix
- Kenny Wollesen: vibraphone, chimes, voix

L'avis de Mister Moods:
Quand on approche à distance le Mount Analogue de John Zorn - dont c'est ici la première offrande de 2012 - on y entend un enchaînement de saynètes explorant à peu près (versant bruitiste excepté) tous les domaines que l'hyperactif compositeur New Yorkais à l'habitude de visiter: un peu de jazz, un peu de classique contemporain, un peu de klezmer et même (dernière addition au tableau), un peu d'easy-listenning exotique à la manière des ses épatants Dreamers. Rien de bien neuf donc mais l'ensemble est agréable. Et si le cousinage avec d'anciennes compositions est évident, c'est que cette pièce est nourrie de l'identité créatrice du maître, de son style.
Quand on explore, écoute après écoute, cet assemblage, il se révèle en fait en aeuvre cohérente avec des motifs mélodiques revenant périodiquement, un esprit varié mais jamais hétéroclite servi par une formation dévouée et inspirée où on remarque en particulier les formidables performances de Brian Marsella et Kenny Wollesen. Certes, tout ceci aurait pu être découpé en environ une dizaine de pistes indépendantes -ce qui aurait permis à tout un chacun d'y picorer à loisir - mais le choix de l'unicité fait sens car l'aeuvre est une et indivisible de part son concept (inspiré de la vie et des théories du mystique, Georges Ivanovitch Gurdieff) et le choix d'un compositeur se refusant aux dictats d'une industrie qui lui est étrangère.
Cette indépendance, ce refus du compromis, transparaissent dans cette pièce où, 39 minutes durant, Zorn nous ballade dans un voyage spirituel au caeur d'un monde à nul autre pareil, le sien, où rien n'est jamais aussi simple qu'il y parait.

JOHN ZORN "THE GNOSTIC PRELUDES"

Enregistrement: 2011
Temps: 48:02
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Prelude 1: The Middle Pillar 6:39
2. Prelude 2: The Book Of Pleasure 6:05
3. Prelude 3: Prelude Of Light 5:56
4. Prelude 4: Diatesseron 4:35
5. Prelude 5: Music Of The Spheres 8:13
6. Prelude 6: Circumambulation 6:33
7. Prelude 7: Sign And Sigil 6:22
8. Prelude 8: The Invisibles 3:35

Personnel:
- Carol Emanuel: harpe
- Bill Frisell: guitare
- Kenny Wollesen: vibraphone, cloches
L'avis de Mister Moods:
Jamais en manque d'inspiration, John Zorn nous propose cette fois un nouveau line-up pour un nouveau projet tout simplement charmant et pas si aisé qu'il peut y paraitre, parce que, c'est un fait, Zorn le malin sait glisser quelques gouttes d'acide dans son sirop.
Et donc nouveau line-up avec, cette fois, Bill Frisell en guest-guitar de luxe et deux habitués de la maison Zorn : la harpiste Carol Emanuel et le vibraphoniste Kenny Wollesen. Etrangement (quoique ce soit peut-être une pratique courante dans certaines musiques qui me seraient étrangères) la harpe tient ici un rôle quasi-intégralement dévoué au rythme et à l'habillage via les résonances naturelles de l'instrument (à l'instar du sitar dans la musique classique indienne). La guitare et le vibraphone se partagent, eux, l'essentiel des mélodies. En l'occurrence, la guitare tranquille et étincelante de Frisell et les marteaux (d'or !) de Wollesen font un boulot extraordinaire de nuance et d'émotion jusque dans les dissonances typique du compositeur (ici gardées au strict minimum, je rassure les âmes sensibles). Le résultat est une musique rêveuse et ambiante où se rencontrent classique contemporain et exotica et qui s'écoutera aussi bien en fond musical qu'en totale immersion (où, bien sûr, elle dévoilera toutes ses richesses).
Décidément, après l'impeccable Mount Analogue, 2012 s'annonce sous les meilleurs auspices pour les amateurs du sur-prolifique compositeur New Yorkais. Pas qu'on s'en plaigne, d'ailleurs... Au contraire, on attend fébrilement la suite !

JOHN ZORN/DAVID KRAKAUER "PRUFLAS: BOOK OF ANGELS VOLUME 18"

Enregistrement: 2012
Temps: 46:33
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Ebuhuel 3:52
2. Kasbeel 4:18
3. Vual 4:59
4. Parzial-Oranir 11:11
5. Egion 5:44
6. Neriah-Mahariel 7:03
7. Tandal 3:36
8. Monadel 5:52

Personnel:
- David Krakauer: clarinette, clarinette basse
- Michael Sarin: batterie
- Sheryl Baile: guitare
- Jerome Harris: basse, voix
- Keepalive: Laptop

L'avis de Mister Moods:
Il aura fallu attendre plus d'un an pour que le Book of Angels de Cyro Baptista et son Banquet of the Spirits arrive dans les bacs. C'est inhabituellement long mais le jeu en valait la chandelle, particulièrement quand le présent volume nous propose la rencontre au sommet de deux légendes. Un programme si alléchant qu'on le savoure avant d'en avoir entendu la moindre note !
La rencontre de deux légendes donc. Dans le coin gauche, l'hyperactif et révéré compositeur / arrangeur / multi-instrumentiste / patron de label / producteur (n'en jetez plus !) : John Zorn. Dans le coin droit, le clarinettiste / compositeur (et arrangeur pour la circonstance) qui a fait exploser le cadre traditionnel du klezmer (musique juive ashkénaze) la revitalisant en la fusionnant avec des influences nouvelles (du hip-hop, au rock en passant par le jazz et le funk) : David Krakauer, dont ce n'est que le 8ème long jeu depuis 1995.
Autant le dire, musicalement, cet album n'est pas franchement surprenant et couvre, comme c'était attendu, les compositions de Zorn des atours habituels de Krakauer. Ainsi, si le hip-hop est cette fois aux abonnés absents, les autres inflexions de David sont-elles au rendez-vous. Etant entendu que ce cocktail est absolument compatible avec l'écriture zornienne, l'essentiel reposait donc sur la qualité des compositions et des arrangements. Le fait est qu'il n'y a pas ici de thème aussi immédiatement porteur (quoique Vual et Tandal n'en soient vraiment pas loin) que sur, par exemple, le Lucifer de Bar Kokhba, un Himalaya de la série du Livre des Anges. Ceci dit, il faut entendre Krakauer souffler furieusement dans sa clarinette, la guitariste Sheryl Baile descendre expertement son manche, quel trip ! Et comme les musiciens excellent également, on ne peut dignement pas bouder son plaisir face à cette bacchanale judéo-jazzante. Côté arrangements, Krakauer a plutôt joué la sécurité et l'efficacité, à l'écoute de l'album, on se dit que c'était sans doute la bonne solution.
Particulièrement addictif et révélant à chaque écoute de nouvelles nuances (c'est toujours bon signe), Pruflas est indéniablement une réussite, donc, et un retour en fanfare d'une série des Book of Angels déjà riche de nombreux trésors dont celui-ci n'est pas le moindre.
Chaudement recommandé !

JOHN ZORN/SHANIR EZRA BLUMENKRANZ "ABRAXAS: BOOK OF ANGELS VOLUME 19"

Enregistrement: 2012
Durée: 44:04
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Domos 4:00
2. Tse'An 4:09
3. Nachmiel 3:35
4. Yaasriel 5:22
5. Muriel 3:27
6. Maspiel 5:51
7. Aupiel 3:44
8. Nahuriel 4:57
9. Biztha 3:37
10. Zaphiel 5:21

Personnel- Shanir Ezra Blumenkranz: guembri, arrangements
- Aram Bajakian: guitare
- Kenny Grohowski: batterie
- Eyal Maoz: guitare
- John Zorn: compositions

L'avis de Mister Moods:
Il n'est pas vraiment surprenant de voir Shanir Ezra Blumenkranz apparaître dans la série des Book of Angels. Vieux compagnon de route de John Zorn (alors qu'il n'a que 37 ans !) et collaborateur régulier du label Tzadik, il était écrit qu'il poserait un jour ses mains et son inspiration sur les compositions du maître sous son seul nom quand, avec le Banquet of the Spirits de Cyro Baptista ou le Rashanim de Jon Madof, il l'a déjà fait collectivement.
Musicalement, c'est une furieuse session dont nous sommes les témoins. Accompagné de deux guitaristes (Eyal Maoz et Aram Bajakian, tous deux publiant leurs travaux de leaders chez Tzadik) et d'un batteur (Kenny Grohowski, furieux et versatile), il nous propose une musique où se télescopent violemment jazz, klezmer et metal. Stylistiquement, il serait aisé de rapprocher cet Abraxas de l'Asmodeus de Marc Ribot dont il partage la centralité guitaristique et les emportements bruitifs et puissants, Abraxas n'en a pourtant ni l'approche minimaliste ni la froideur agressive. Si les guitares dépotent, que la batterie ne plaisante jamais et que Shanir himself envoie sérieusement le bois (qu'il soit à la basse ou au guembri), les chaloupements ne sont jamais bien éloigné d'une musique qui garde toujours un petit rayon de soleil dans son coeur. Ponctuellement, sur Yaasriel par exemple, le tempo se ralentit, le mood se fait plus pensif, plus rêveur... C'est une parfaite pause avant de réattaquer « dans le dur » avec un Muriel aux furieuses dissonances. Ces respirations, peu nombreuses mais ô combien salutaires !, permettent de jouir de leurs voisins excès avec un enthousiasme encore plus béat devant tant de maîtrise et de fougue. En bref, on en reste baba.
Abraxas, musiques de John Zorn et arrangements de Shanir Ezra Blumenkranz, est donc une réussite de plus dans la longue et glorieuse série du Livre des Anges dont on ne saurait trop recommander les précédents volumes. Un album sans compromis qui fera fuir les plus sensibles des tympans (tant pis pour eux !) et enchantera les autres devant les galipettes osées et rétablissements de chats noirs de ces quatre talentueux trublions.

JOHN ZORN "NOSFERATU"

Enregistrement: 2012
Temps: 61:13
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Desolate Landscape 4:33
2. Mina 3:36
3. The Battle of Good and Evil 5:14
4. Sinistera 3:23
5. Van Helsing 3:26
6. Fatal Sunrise 3:18
7. Hypnosis 2:11
8. Lucy 2:46
9. Nosferatu 2:28
10. The Stalking 7:34
11. The Undead 4:01
12. Death Ship 2:01
13. Jonathan Harker 5:30
14. Vampires at Large 4:18
15. Renfield 3:32
 16. Stalker Dub 3:25

Personnel:
- Rob Burger: piano, orgue
- Bill Laswell: basse
- Kevin Norton: vibraphone, batterie, cloches, bols de prières tibétains
- John Zorn: piano, saxophone alto, fender rhodes, electronique, souffle

L'avis de Mister Moods:
Quand John Zorn s'attèle au thème du vampirisme, forcément, on dresse l'oreille. En l'occurrence, c'est pour le spectacle d'une troupe polonaise que ce score a été composé. Et, pour la petite histoire, on se doit de préciser qu'il est sorti le jour des 100 ans de la mort de Bram Stoker (auteur de Dracula, pour ceux qui vivent sur une autre planète), le 20 avril 2012.
Pour la circonstance, Zorn a assemblé un groupe comprenant son vieux pote bassiste Bill Laswell, l'organiste/pianiste Rob Burger, le percussionniste Kevin Norton (croisé notamment chez Fred Frith, David Krakauer ou Anthony Braxton) et lui-même au saxophone alto, piano acoustique et électrique et bruitages anatomiques et électroniques. Le résultat alterne fureur et douceur dans un tout convaincant même si pas forcément très facile à appréhender... Ce qui ne surprendra sans doute pas les suiveurs attentifs de ce compositeur polymorphe. Ainsi, souvent, un thème chaotique et angoissant précède-t-il une composition plus douce mais pas forcément plus apaisée, ce qui n'est que logique vu le thème couvert. Concrètement, le brassage du jour inclut des emprunts au rock industriel, au dub, au jazz (et free jazz), à l'ambient, au classique contemporain et, plus marginalement, au klezmer ; autant de genres que Zorn a souvent revisité durant sa longue et prolifique carrière (de Painkiller à Masada en passant par Naked City ou son répertoire contemporain) et qu'il maîtrise donc parfaitement. Impossible de le nier, nombreuses sont les dissonances et aspérités de ce répertoire visiblement conçu avec autre chose en tête que le confort de l'auditeur dans son salon (on regrette d'ailleurs de ne pas avoir l'opportunité d'entendre ces 16 titres dans leur contexte théâtral). De fait, Zorn joue souvent avec nos neurones (et nos tympans) tout au long de cette heure tendue où on accueille chaque respiration mélodique comme le messie (le sax baladin et la basse aquatique sur Fatal Sunrise ou le dub first class, The Stalking) avant de replonger avec appétit dans le bain acide.
En définitive, comme souvent avec les oeuvres « difficiles » de John Zorn, Nosferatu est un album qu'il faut prendre son temps à digérer, parce que cette musique (profondément émotionnelle tout en restant éminemment cérébrale) est faite pour se jouer de nos sens, nous faire perdre les points de repères qui jalonnent habituellement ce qui nous tombe dans l'oreille. Il y a de quoi faire peur aux néophytes, qui auront en l'occurrence bien tort, ceux qui feront « l'effort » trouveront ici moult trésors, qu'ils en soient convaincus.
Une réussite (de plus!).

JOHN ZORN/MOONCHILD "TEMPLARS-IN SACRED BLOOD"

Enregistrement: 2012
Temps: 44:12
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Templi Secretum 5:33
2. Evocation of Baphomet 5:26
3. Murder of the Magicians 4:14
4. Prophetic Souls 6:20
5. Libera Me 3:20
6. A Second Sanctuary 5:06
7. Recordatio 3:53
8. Secret Ceremony 9:15

Personnel:
Joey Baron: batterie
- Trevor Dunn: basse
- John Medeski: orgue
- Mike Patton: voix
- John Zorn: textes, compositions, arrangements

L'avis de Mister Moods:
Si aucun des albums de Moonchild ne se ressemble, tous possèdent un similaire esprit fondeur, une rare liberté de ton qui peut déconcerter. Il n'y avait, à priori, aucune raison que Templars-In Sacred Blood, 6ème levée d'une formation à géométrie variable, enfreigne cette règle.
Templi Secretum, premier titre, sorte de heavy prog'n'core possédé montre une étonnante facette, plus orientée vers le format chanson, qui est définitivement une nouveauté bientôt confirmée par le rampant et flippant Evocation of Baphomet où Mike Patton (voix murmurée, glaciale) excelle. Et ça continue comme sur tout l'album ! Certes, l'académisme n'est pas exactement ce qu'ont à l'esprit Zorn (auteur, compositeur et arrangeur), son trio (Baron, Patton et Dunn) et l'invité de la galette, l'organiste John Medeski, et si l'écriture, cette fois, peut paraître plus conventionnelle, plus cadrée, c'est peut-être simplement parce que Moonchild a produit son album le plus mélodique ce qui ne va pas sans conséquence. En effet, souvent, par le passé, le rôle de Patton se limitait à des exercices de gorge plus destinés à vriller les tympans qu'à modeler un récit, véhiculer une émotion, et ça avait son effet (parce que Patton sait faire ce genre de chose) et collait parfaitement à l'univers de chacun des albums. Là, avec un nouveau panorama, Patton retrouve la pleine amplitude de son registre, quelque chose qu'on avait plus entendu depuis l'Anonymous de Tomahawk voire depuis que Mr. Bungle et Faith No More avaient plié les gaules, c'est dire si c'est une bonne nouvelle et si sa contribution permet d'enrichir notablement l'étendue émotionnelle de la galette. La seconde « star » de l'album est indéniablement Medeski et son orgue qui créent des climats, des ambiances habillant à la perfection chacune des montées de sève, chacune des accalmies... Il fait peut-être même ici sa plus notable performance en collaboration avec John Zorn. Et il ne faut, bien entendu, pas oublier la formidablement adaptable section rythmique composée du vieux compagnon de route qu'est Joey Baron (batterie) et du bassiste Trevor Dunn qui, du fait de l'absence de guitariste, assume ponctuellement le rôle, avec brio, comme il se doit.
Pour expliquer à quel point ce Templars est étrange, si on devait le décrire avec quelques autres références musicales on citerait, pêle-mêle, Soft Machine, Procol Harum, Ruins, Black Flag, King Crimson, SunO))) ou Black Sabbath... Rien que ça ! Le miracle, en l'occurrence, est la cohérence de ce concept album (sur les Templiers), oeuvre vénéneuse, attirante et si étonnamment peu difficile qu'on la conseillera volontiers à tous ceux qui veulent entendre Zorn versant rock et ne savent par où commencer avec l'assurance de récolter quelques remerciements.
Comme quoi, quand l'ambition rencontre le talent (le génie ?), tout devient tout de suite plus simple... Même si Templars ne l'est pas pour autant.

JOHN ZORN "THE HERMETIC ORGAN"

Enregistrement: 2011
(9 décembre, 11 heures du soir
Chapelle St Paul
de l'Université de Columbia)

Temps: 36:25
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Office Nr 4 36:25
- Introit
- Benediction
- Offertory
- Elevation
- Communion
- Descent
(pas d'extrait !)

Personnel:
- John Zorn: orgue d'église

L'avis de Mister Moods:
John Zorn seul à l'orgue en la Chapelle St Paul de l'Université de Columbia le 9 Novembre 2011 à 23h. Live donc. Plus que live, en vérité, en format impro et sur l'instrument qui vit ses premiers pas d'instrumentiste, il y a un demi-siècle de ça : l'orgue d'église.
Il n'est besoin que de connaitre la réputation de l'hyperactif compositeur New Yorkais pour se douter que la performance n'aura rien de banal, rien de facile non plus. En l'occurrence, profitant de la puissance de l'instrument, de sa capacité à « droner » à qui mieux mieux aussi, Zorn laisse son imagination divaguer entre chaos et contemplation, bruit et douceur. Rien que de très classique, en somme, pour un créateur dont on connait la totale liberté et le goût pour des climats nuancés. En l'occurrence, pour pleinement profiter des ambiances et mélodies ici instillées, il faudra savoir s'abandonner, se laisser aller à cette messe noire, païenne, évoquant des images d'un comte Frankenstein donnant vie sa créature ou d'un Vlad Tepes sortant de l'ombre pour croquer le cou de sa prochaine victime. Pas vraiment surprenant quand on sait que l'attirance initiale de Zorn pour l'instrument a beaucoup à voir avec sa fascination enfantine pour les musiques des films d'horreurs de la Hammer où, justement, l'orgue avait une place non négligeable. On peut même dire que l'exercice a quelque chose de régressif pour le presque sexagénaire. Régressif et prospectif à la fois, sacré Zorn !
Evidemment, cet Objet-Musical-Non-Identifié ne sera pas à mettre entre toutes les oreilles. Ceci dit, dans les bonnes conditions (une nuit de pleine lune, par exemple), cette musique, à la fois savante et primitive, fera indéniablement son « petit effet ». Et maintenant, on attend la suite...

JOHN ZORN "RIMBAUD"

Enregistrement: 2011/12
Temps: 47:22
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Bateau Ivre 11:01
2. A Season in Hell 12:21
3. Illuminations 11:38
4. Conneries 12:20

Personnel:
- John Zorn: samples, electronics, saxophone alto, piano, orgue, guitar, batterie, bruitages
- Trevor Dunn: basse
- Brad Lubman: direction
- Ikue Mori: laptop, electronics
- Kenny Wollesen: batterie
- Mathieu Amalric: voix
- Steve Beck: piano
- Erik Carlson: violon
- Stephen Gosling: piano
- Chris Gross: violoncelle
- Al Lipowski: vibraphone
- Rane Moore: clarinette
- Tara O’Connor: flute
- Elizabeth Weisser: viola

L'avis de Mister Moods:
Appréhender Rimbaud, même quand on s'appelle John Zorn, est forcément un exercice périlleux, délicat. En l'occurrence, en quatre titres et autant de formations, Zorn n'y va pas par quatre chemins et ose se désolidariser du texte pour embrasser l'esprit, démarche à ma connaissance inédite en regard de l'aeuvre du Grand Arthur.
Première pièce, Bateau Ivre tangue en version classique contemporain où l'atonalité, les dissonances ne sont jamais bien loin. Alternant cavalcades éméchées et contemplation vacillante, flute et clarinette en disturbances papillonnesques principales, ce n'est pas une pièce à priori facile (et pas si éloignée des explosions cartoonesques bien connues du maître, pour situer) mais qui s'avère, au final, d'une communicative verve et une traduction étonnamment juste du texte inspirateur.
Suivant, A Season in Hell (une saison en enfer) propose collages, samples et manipulations électroniques maladivement vibrantes distillées par Zorn himself et sa complice japonaise Ikue Mori. Le résultat doit s'écouter fort, très fort même avec des lumières stroboscopiques irrégulières et oppressantes. On imagine alors cette descente au tréfonds d'une âme en désarroi, celle d'Arthur.
La tonalité des Illuminations est évidemment tout autre. En l'occurrence, si la formation (un trio piano, contrebasse et batterie) évoque le jazz, la musique s'en distancie notablement quoique relativement rythmiquement. Clairement, c'est bien la performance explosive et virtuose du pianiste Stephen Gosling (et concomitamment l'écriture chaotique de Zorn) qui tirent la composition vers de chamboulés et vertigineux sommets où la mélodie, jamais vraiment absente, s'écoute en filigrane.
4ème et ultime pièce, Conneries propose un duo entre le maître de cérémonie (ici multi instrumentiste : sax, piano, orgue, guitare, batterie et bruitages... rien que ça !) et l'acteur/réalisateur Mathieu Amalric rencontré pour une interprétation du Cantique des Cantiques à la Cité de la musique. Et quelle pièce ! Déjantée semble le mot le plus approprié pour décrire la rencontre des instrumentations déstructurées, de l'imagination iconoclaste de John et l'interprétation protéiforme de Mathieu. Et c'est souvent drôle en plus !
Quatre longues pistes (plus de dix minutes chacune), quatre interprétations d'une aeuvre qui n'a pas fini d'inspirer des artistes aussi divers que multiples pour des lectures aussi éparpillées et différentes que possible. Zorn s'en sort-il bien ? La réponse est clairement oui même si, comme à l'accoutumé, on se doit d'émettre les avertissements d'usage quand à l'approche d'une musique qui restera à réserver aux amateurs d'exigeantes et étranges odyssées. Si c'est votre cas, vous pouvez y plonger sans réserve !

JOHN ZORN "A VISION IN BLAKELIGHT"

Enregistrement: 2011
Temps: 50:19
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. When the Morning Stars Sang Together 5:27
2. The Hammer of Los 3:58
3. Jerusalem 5:14
4. The Prophecy 3:09
5. And He Rode Upon the Cherubim 5:09
6. Marriage of Heaven and Hell 4:17
7. A Woman Clothed with the Sun 5:20
8. Shadows in Ancient Time 5:38
9. An Island in the Moon 7:06
10. Night Thoughts 4:55

Personnel:
- John Medeski: piano, orgue
- Kenny Wollesen: vibraphone, cloches
- Trevor Dunn: basse
- Joey Baron: batterie
- Carol Emanuel: harpe
- Cyro Baptista: percussions (1-3, 7)

L'avis de Mister Moods:
John Zorn serait-il de ces théoriciens d'un prochain Apocalypse pour qu'il se précipite tant à enquiller album après album... Merveille après merveille, aussi.
On le retrouve ici dans sa série dédiée à son interprétation musicale de diverses spiritualités (autre que le judaïsme, donc), série commencée relativement récemment (en février 2010 avec In Search of Miraculous) et donc voici pourtant déjà le 5ème volume (avant un 6ème prévu avant la fin de l'année ! Diable, Zorn ne désarme pas !).
Pour l'occasion, si l'on excepte l'acteur britannique Jack Huston venu prèter sa voix sur un titre (donnant ainsi encore un peu plus de corps à la lecture instrumentale de William Blake par Zorn), le compositeur a réuni un line-up d'habitués, de ces équipes qui le comprennent d'un clin d'oeil, d'un doit gigotant, bref, une formation confortable, aux petits oignons... pour une partition supérieurement mélodique, harmonieuse.
Parce qu'il faut bien le constater, cette série mystique se caractérise par son étonnante facilité d'accès. Etonnante pour un compositeur ayant goûté (et goûtant toujours) aux grincements, excès et déviances jouissives que lui procurent le free jazz, le hardcore punk ou la musique contemporaine (etc.). Mais pas de ça ici ! Ici, Zorn offre une démonstration de plus de son talent à tourner autour de mélodies cousines, et pourtant toujours nouvelles, d'utiliser le meilleur de musiciens triés sur le volet aussi. Ainsi ne dira-t-on jamais assez de bien de la harpe gracile de Carol Emanuel, du vibraphone délicat de Kenny Wollesen ou du piano (pour la circonstance) de John Medeski de Medeski Martin & Wood, invité de marque, guest star de luxe d'un album qu'on qualifierait volontiers (comme ses devanciers d'ailleurs) de jazz de chambre si ne glissait ponctuellement dans des domaines plus exigeants et n'emportait pas, encore plus que les autres volumes de la série, l'auditeur dans une sorte de rêve éveillé peuplé d'Anges blagueurs, de Saints potaches ou de Dieux malicieux (comme sur The Prophecy par exemple). Et c'est bien là la force de cette "tranche" de création zornienne : savoir oser, tenter (et réussir) en gardant toujours à l'esprit l'aspect abordable voulu pour la "chose", et c'est magnifiquement réussi sur ce Vision in Blakelight à dominante méditative.
Décidément, 2012 aura été une nouvelle très belle année pour l'hyperactif John Zorn, une superbe année où cette énième offrande (la neuvième sur onze pour l’an !) fait figure de pinacle, d'ultime déclaration de grâce, de génie.

JOHN ZORN "MUSIC AND ITS DOUBLE"

Enregistrement: 2011/12
Temps: 42:32
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. A Rebours 11:12
2. Ceremonial Magic 1 5:36
3. Ceremonial Magic 2 4:07
4. Ceremonial Magic 3 5:52
5. Ceremonial Magic 4 4:02
6. La Machine de l'Être: I- Tetème 4:09
7. La Machine de l'Être: II- Le révélé 3:26
8. La Machine de l'Être: III- Entremêlés 4:04

Personnel:
- Fred Sherry, Mike Nicolas: violoncelle
- William Winant, Alexander Lipowski, Joe Pereira: percussions
- Kenny Wollesen: batterie
- Bradley Lubman: chef d'orchestre
- Lahti Symphony Orchestra : orchestre
- Sakari Oramo: conducteur
- David Fulmer: violon, viola
- Jennifer Choi: violon
- Anu Komsi: soprano
- Tara Helen O'Connor: flute
- June Han: harpe
- Josh Rubin: clarinette
- John Zorn: compositeur, producteur, artwork

L'avis de Mister Moods:
John Zorn serait-il de ces théoriciens d'un prochain Apocalypse pour qu'il se précipite tant à enquiller album après album... Merveille après merveille, aussi.
On le retrouve ici dans sa série dédiée à son interprétation musicale de diverses spiritualités (autre que le judaïsme, donc), série commencée relativement récemment (en février 2010 avec In Search of Miraculous) et donc voici pourtant déjà le 5ème volume (avant un 6ème prévu avant la fin de l'année ! Diable, Zorn ne désarme pas !).
Pour l'occasion, si l'on excepte l'acteur britannique Jack Huston venu prèter sa voix sur un titre (donnant ainsi encore un peu plus de corps à la lecture instrumentale de William Blake par Zorn), le compositeur a réuni un line-up d'habitués, de ces équipes qui le comprennent d'un clin d'oeil, d'un doit gigotant, bref, une formation confortable, aux petits oignons... pour une partition supérieurement mélodique, harmonieuse.
Parce qu'il faut bien le constater, cette série mystique se caractérise par son étonnante facilité d'accès. Etonnante pour un compositeur ayant goûté (et goûtant toujours) aux grincements, excès et déviances jouissives que lui procurent le free jazz, le hardcore punk ou la musique contemporaine (etc.). Mais pas de ça ici ! Ici, Zorn offre une démonstration de plus de son talent à tourner autour de mélodies cousines, et pourtant toujours nouvelles, d'utiliser le meilleur de musiciens triés sur le volet aussi. Ainsi ne dira-t-on jamais assez de bien de la harpe gracile de Carol Emanuel, du vibraphone délicat de Kenny Wollesen ou du piano (pour la circonstance) de John Medeski de Medeski Martin & Wood, invité de marque, guest star de luxe d'un album qu'on qualifierait volontiers (comme ses devanciers d'ailleurs) de jazz de chambre s'il ne glissait ponctuellement dans des domaines plus exigeants et n'emportait, encore plus que les autres volumes de la série, l'auditeur dans une sorte de rêve éveillé peuplé d'Anges blagueurs, de Saints potaches ou de Dieux malicieux (comme sur The Prophecy par exemple). Et c'est bien là la force de cette "tranche" de création zornienne : savoir oser, tenter (et réussir) en gardant toujours à l'esprit l'aspect abordable voulu pour la "chose", et c'est magnifiquement réussi sur ce Vision in Blakelight à dominante méditative.
Décidément, 2012 aura été une nouvelle très belle année pour l'hyperactif John Zorn, une superbe année où cette énième offrande (la neuvième sur onze pour l’an !) fait figure de pinacle, d'ultime déclaration de grâce, de génie.

JOHN ZORN "THE CONCEALED"

Enregistrement: 2012
Durée: 62:40
Bitrate: 320kbps

Tracklist:
1. Persepolis 4:02
2. The Hidden Book 2:57
3. Passage to Essentuki 3:44
4. Pathway of Fire 4:01
5. Towards Kafiristan 3:29
6. Kavanah 5:03
7. Back to Bokhara 5:24
8. The Silver Thread 4:28
9. The Dervish 6:33
10. The Way of the Sly Man 3:50
11. Amu Darya 4:45
12. A Portrait of Moses Cordovero 5:37
13. Visitation of the Night Angels 4:09
14. Life Is Real Only Then, When "I Am" 4:31

Personnel:
- John Medeski: piano
- Kenny Wollesen: vibraphone
- Erik Friedlander: violoncelle
- Trevor Dunn: basse
- Joey Baron: batterie
- John Zorn: composition, arrangement, direction, production

L'avis de Mister Moods:
Et hop! Et de onze ! En cette approche de fin du monde (ha ha ha), Zorn continue d'enquiller les albums comme on enfile les perles, avec une facilité, un naturel, une décontraction et une constance qui laisse pantois. Ici, ayant réuni un casting d'un extrême classicisme zornien (même John Medeski, décidément très présent en 2012) il nous présente un album qui ne l'est pas moins.
Passé le prétexte de l'exploration musicale de mythe et spiritualités orientales (ou comme sous-titré "Esoteric secrets and hidden traditions of the East", y a bien un peu de ça mais on sent le concept un poil capilotracté), c'est à une formation et un univers particulièrement proche de celui du délicieux Bar Kokhba (et un peu The Dreamers aussi, l'aspect groupe à géométrie variable en sus), et vu que Zorn sait admirablement bien composer pour ce genre de jazz oriental de chambre, on ne s'en plaindra pas. De fait, mélodique et fin comme purent l'être en leur temps un Lucifer ou un Circle Maker, c'est une collection qui ira droit au coeur des amateurs du maître et qui, sans rien révolutionner de sa multiple grammaire, offre une fort appréciable heure de "Zorn facile" satisfera même les curieux de passage.
A vrai dire, il n'y a pas grand chose à dire de plus sur cet album tout sauf surprenant mais cependant impeccablement réussi. Du Zorn classique ? Oui ! Mais du Zorn suprême !