TOUT CE QU'A SORTI JOHN ZORN EN 2012?
...UN JOYEUX ZÖRNEL A TOUS !
JOHN ZORN "MOUNT ANALOGUE"
Enregistrement:
2011
Temps:
38:21
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. Mount Analogue 38:21
(pas d'extrait !)
Personnel:
-
Cyro Baptista: percussions, voix
-
Shanir Ezra Blumenkranz: basse, oud, gimbri, voix
-
Tim Keiper: calabash, batterie, percussions, voix
-
Brian Marsella: piano, orgue, voix
-
Kenny Wollesen: vibraphone, chimes, voix
L'avis de Mister Moods:
Quand on approche à distance le Mount Analogue de John Zorn - dont c'est ici la première offrande de 2012 - on y entend un enchaînement de saynètes explorant à peu près (versant bruitiste excepté) tous les domaines que l'hyperactif compositeur New Yorkais à l'habitude de visiter: un peu de jazz, un peu de classique contemporain, un peu de klezmer et même (dernière addition au tableau), un peu d'easy-listenning exotique à la manière des ses épatants Dreamers. Rien de bien neuf donc mais l'ensemble est agréable. Et si le cousinage avec d'anciennes compositions est évident, c'est que cette pièce est nourrie de l'identité créatrice du maître, de son style.
Quand on explore, écoute après écoute, cet assemblage, il se révèle en fait en aeuvre cohérente avec des motifs mélodiques revenant périodiquement, un esprit varié mais jamais hétéroclite servi par une formation dévouée et inspirée où on remarque en particulier les formidables performances de Brian Marsella et Kenny Wollesen. Certes, tout ceci aurait pu être découpé en environ une dizaine de pistes indépendantes -ce qui aurait permis à tout un chacun d'y picorer à loisir - mais le choix de l'unicité fait sens car l'aeuvre est une et indivisible de part son concept (inspiré de la vie et des théories du mystique, Georges Ivanovitch Gurdieff) et le choix d'un compositeur se refusant aux dictats d'une industrie qui lui est étrangère.
Cette indépendance, ce refus du compromis, transparaissent dans cette pièce où, 39 minutes durant, Zorn nous ballade dans un voyage spirituel au caeur d'un monde à nul autre pareil, le sien, où rien n'est jamais aussi simple qu'il y parait.
JOHN ZORN "THE GNOSTIC PRELUDES"
Enregistrement: 2011
Temps: 48:02
Bitrate: 320kbps
Personnel:
- Carol Emanuel: harpe
- Bill Frisell: guitare
- Kenny Wollesen: vibraphone, cloches
L'avis de Mister Moods:
Jamais en manque d'inspiration, John Zorn nous propose cette fois un nouveau line-up pour un nouveau projet tout simplement charmant et pas si aisé qu'il peut y paraitre, parce que, c'est un fait, Zorn le malin sait glisser quelques gouttes d'acide dans son sirop.
Et donc nouveau line-up avec, cette fois, Bill Frisell en guest-guitar de luxe et deux habitués de la maison Zorn : la harpiste Carol Emanuel et le vibraphoniste Kenny Wollesen. Etrangement (quoique ce soit peut-être une pratique courante dans certaines musiques qui me seraient étrangères) la harpe tient ici un rôle quasi-intégralement dévoué au rythme et à l'habillage via les résonances naturelles de l'instrument (à l'instar du sitar dans la musique classique indienne). La guitare et le vibraphone se partagent, eux, l'essentiel des mélodies. En l'occurrence, la guitare tranquille et étincelante de Frisell et les marteaux (d'or !) de Wollesen font un boulot extraordinaire de nuance et d'émotion jusque dans les dissonances typique du compositeur (ici gardées au strict minimum, je rassure les âmes sensibles). Le résultat est une musique rêveuse et ambiante où se rencontrent classique contemporain et exotica et qui s'écoutera aussi bien en fond musical qu'en totale immersion (où, bien sûr, elle dévoilera toutes ses richesses).
Décidément, après l'impeccable Mount Analogue, 2012 s'annonce sous les meilleurs auspices pour les amateurs du sur-prolifique compositeur New Yorkais. Pas qu'on s'en plaigne, d'ailleurs... Au contraire, on attend fébrilement la suite !
JOHN ZORN/DAVID KRAKAUER "PRUFLAS: BOOK OF ANGELS VOLUME 18"
Enregistrement:
2012
Temps:
46:33
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. Ebuhuel 3:52
2. Kasbeel 4:18
3. Vual 4:59
4. Parzial-Oranir 11:11
5. Egion 5:44
6. Neriah-Mahariel 7:03
7. Tandal 3:36
8. Monadel 5:52
Personnel:
-
David Krakauer: clarinette, clarinette basse
-
Michael Sarin: batterie
-
Sheryl Baile: guitare
-
Jerome Harris: basse, voix
-
Keepalive: Laptop
L'avis de Mister Moods:
Il aura fallu attendre plus d'un an pour que le Book of Angels de Cyro Baptista et son Banquet of the Spirits arrive dans les bacs. C'est inhabituellement long mais le jeu en valait la chandelle, particulièrement quand le présent volume nous propose la rencontre au sommet de deux légendes. Un programme si alléchant qu'on le savoure avant d'en avoir entendu la moindre note !
La rencontre de deux légendes donc. Dans le coin gauche, l'hyperactif et révéré compositeur / arrangeur / multi-instrumentiste / patron de label / producteur (n'en jetez plus !) : John Zorn. Dans le coin droit, le clarinettiste / compositeur (et arrangeur pour la circonstance) qui a fait exploser le cadre traditionnel du klezmer (musique juive ashkénaze) la revitalisant en la fusionnant avec des influences nouvelles (du hip-hop, au rock en passant par le jazz et le funk) : David Krakauer, dont ce n'est que le 8ème long jeu depuis 1995.
Autant le dire, musicalement, cet album n'est pas franchement surprenant et couvre, comme c'était attendu, les compositions de Zorn des atours habituels de Krakauer. Ainsi, si le hip-hop est cette fois aux abonnés absents, les autres inflexions de David sont-elles au rendez-vous. Etant entendu que ce cocktail est absolument compatible avec l'écriture zornienne, l'essentiel reposait donc sur la qualité des compositions et des arrangements. Le fait est qu'il n'y a pas ici de thème aussi immédiatement porteur (quoique Vual et Tandal n'en soient vraiment pas loin) que sur, par exemple, le Lucifer de Bar Kokhba, un Himalaya de la série du Livre des Anges. Ceci dit, il faut entendre Krakauer souffler furieusement dans sa clarinette, la guitariste Sheryl Baile descendre expertement son manche, quel trip ! Et comme les musiciens excellent également, on ne peut dignement pas bouder son plaisir face à cette bacchanale judéo-jazzante. Côté arrangements, Krakauer a plutôt joué la sécurité et l'efficacité, à l'écoute de l'album, on se dit que c'était sans doute la bonne solution.
Particulièrement addictif et révélant à chaque écoute de nouvelles nuances (c'est toujours bon signe), Pruflas est indéniablement une réussite, donc, et un retour en fanfare d'une série des Book of Angels déjà riche de nombreux trésors dont celui-ci n'est pas le moindre.
Chaudement recommandé !
JOHN ZORN/SHANIR EZRA BLUMENKRANZ "ABRAXAS: BOOK OF ANGELS VOLUME 19"
Enregistrement:
2012
Durée:
44:04
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. Domos 4:00
2. Tse'An 4:09
3. Nachmiel 3:35
4. Yaasriel 5:22
5. Muriel 3:27
6. Maspiel 5:51
7. Aupiel 3:44
8. Nahuriel 4:57
9. Biztha 3:37
10. Zaphiel 5:21
Personnel-
Shanir Ezra Blumenkranz: guembri, arrangements
-
Aram Bajakian: guitare
-
Kenny Grohowski: batterie
-
Eyal Maoz: guitare
-
John Zorn: compositions
L'avis de Mister Moods:
Il n'est pas vraiment surprenant de voir Shanir Ezra Blumenkranz apparaître dans la série des Book of Angels. Vieux compagnon de route de John Zorn (alors qu'il n'a que 37 ans !) et collaborateur régulier du label Tzadik, il était écrit qu'il poserait un jour ses mains et son inspiration sur les compositions du maître sous son seul nom quand, avec le Banquet of the Spirits de Cyro Baptista ou le Rashanim de Jon Madof, il l'a déjà fait collectivement.
Musicalement, c'est une furieuse session dont nous sommes les témoins. Accompagné de deux guitaristes (Eyal Maoz et Aram Bajakian, tous deux publiant leurs travaux de leaders chez Tzadik) et d'un batteur (Kenny Grohowski, furieux et versatile), il nous propose une musique où se télescopent violemment jazz, klezmer et metal. Stylistiquement, il serait aisé de rapprocher cet Abraxas de l'Asmodeus de Marc Ribot dont il partage la centralité guitaristique et les emportements bruitifs et puissants, Abraxas n'en a pourtant ni l'approche minimaliste ni la froideur agressive. Si les guitares dépotent, que la batterie ne plaisante jamais et que Shanir himself envoie sérieusement le bois (qu'il soit à la basse ou au guembri), les chaloupements ne sont jamais bien éloigné d'une musique qui garde toujours un petit rayon de soleil dans son coeur. Ponctuellement, sur Yaasriel par exemple, le tempo se ralentit, le mood se fait plus pensif, plus rêveur... C'est une parfaite pause avant de réattaquer « dans le dur » avec un Muriel aux furieuses dissonances. Ces respirations, peu nombreuses mais ô combien salutaires !, permettent de jouir de leurs voisins excès avec un enthousiasme encore plus béat devant tant de maîtrise et de fougue. En bref, on en reste baba.
Abraxas, musiques de John Zorn et arrangements de Shanir Ezra Blumenkranz, est donc une réussite de plus dans la longue et glorieuse série du Livre des Anges dont on ne saurait trop recommander les précédents volumes. Un album sans compromis qui fera fuir les plus sensibles des tympans (tant pis pour eux !) et enchantera les autres devant les galipettes osées et rétablissements de chats noirs de ces quatre talentueux trublions.
JOHN ZORN "NOSFERATU"
Enregistrement:
2012
Temps:
61:13
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. Desolate Landscape 4:33
2. Mina 3:36
3. The Battle of Good and Evil 5:14
4. Sinistera 3:23
5. Van Helsing 3:26
6. Fatal Sunrise 3:18
7. Hypnosis 2:11
8. Lucy 2:46
9. Nosferatu 2:28
10. The Stalking 7:34
11. The Undead 4:01
12. Death Ship 2:01
13. Jonathan Harker 5:30
14. Vampires at Large 4:18
15. Renfield 3:32
16. Stalker Dub 3:25
Personnel:
-
Rob Burger: piano, orgue
-
Bill Laswell: basse
-
Kevin Norton: vibraphone, batterie, cloches, bols de prières tibétains
-
John Zorn: piano, saxophone alto, fender rhodes, electronique, souffle
L'avis de Mister Moods:
Quand John Zorn s'attèle au thème du vampirisme, forcément, on dresse l'oreille. En l'occurrence, c'est pour le spectacle d'une troupe polonaise que ce score a été composé. Et, pour la petite histoire, on se doit de préciser qu'il est sorti le jour des 100 ans de la mort de Bram Stoker (auteur de Dracula, pour ceux qui vivent sur une autre planète), le 20 avril 2012.
Pour la circonstance, Zorn a assemblé un groupe comprenant son vieux pote bassiste Bill Laswell, l'organiste/pianiste Rob Burger, le percussionniste Kevin Norton (croisé notamment chez Fred Frith, David Krakauer ou Anthony Braxton) et lui-même au saxophone alto, piano acoustique et électrique et bruitages anatomiques et électroniques. Le résultat alterne fureur et douceur dans un tout convaincant même si pas forcément très facile à appréhender... Ce qui ne surprendra sans doute pas les suiveurs attentifs de ce compositeur polymorphe. Ainsi, souvent, un thème chaotique et angoissant précède-t-il une composition plus douce mais pas forcément plus apaisée, ce qui n'est que logique vu le thème couvert. Concrètement, le brassage du jour inclut des emprunts au rock industriel, au dub, au jazz (et free jazz), à l'ambient, au classique contemporain et, plus marginalement, au klezmer ; autant de genres que Zorn a souvent revisité durant sa longue et prolifique carrière (de Painkiller à Masada en passant par Naked City ou son répertoire contemporain) et qu'il maîtrise donc parfaitement. Impossible de le nier, nombreuses sont les dissonances et aspérités de ce répertoire visiblement conçu avec autre chose en tête que le confort de l'auditeur dans son salon (on regrette d'ailleurs de ne pas avoir l'opportunité d'entendre ces 16 titres dans leur contexte théâtral). De fait, Zorn joue souvent avec nos neurones (et nos tympans) tout au long de cette heure tendue où on accueille chaque respiration mélodique comme le messie (le sax baladin et la basse aquatique sur Fatal Sunrise ou le dub first class, The Stalking) avant de replonger avec appétit dans le bain acide.
En définitive, comme souvent avec les oeuvres « difficiles » de John Zorn, Nosferatu est un album qu'il faut prendre son temps à digérer, parce que cette musique (profondément émotionnelle tout en restant éminemment cérébrale) est faite pour se jouer de nos sens, nous faire perdre les points de repères qui jalonnent habituellement ce qui nous tombe dans l'oreille. Il y a de quoi faire peur aux néophytes, qui auront en l'occurrence bien tort, ceux qui feront « l'effort » trouveront ici moult trésors, qu'ils en soient convaincus.
Une réussite (de plus!).
JOHN ZORN/MOONCHILD "TEMPLARS-IN SACRED BLOOD"
Enregistrement:
2012
Temps:
44:12
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. Templi Secretum 5:33
2. Evocation of Baphomet 5:26
3. Murder of the Magicians 4:14
4. Prophetic Souls 6:20
5. Libera Me 3:20
6. A Second Sanctuary 5:06
7. Recordatio 3:53
8. Secret Ceremony 9:15
Personnel:-
Joey Baron: batterie
-
Trevor Dunn: basse
-
John Medeski: orgue
-
Mike Patton: voix
-
John Zorn: textes, compositions, arrangements
L'avis de Mister Moods:
Si aucun des albums de Moonchild ne se ressemble, tous possèdent un similaire esprit fondeur, une rare liberté de ton qui peut déconcerter. Il n'y avait, à priori, aucune raison que Templars-In Sacred Blood, 6ème levée d'une formation à géométrie variable, enfreigne cette règle.
Templi Secretum, premier titre, sorte de heavy prog'n'core possédé montre une étonnante facette, plus orientée vers le format chanson, qui est définitivement une nouveauté bientôt confirmée par le rampant et flippant Evocation of Baphomet où Mike Patton (voix murmurée, glaciale) excelle. Et ça continue comme sur tout l'album ! Certes, l'académisme n'est pas exactement ce qu'ont à l'esprit Zorn (auteur, compositeur et arrangeur), son trio (Baron, Patton et Dunn) et l'invité de la galette, l'organiste John Medeski, et si l'écriture, cette fois, peut paraître plus conventionnelle, plus cadrée, c'est peut-être simplement parce que Moonchild a produit son album le plus mélodique ce qui ne va pas sans conséquence. En effet, souvent, par le passé, le rôle de Patton se limitait à des exercices de gorge plus destinés à vriller les tympans qu'à modeler un récit, véhiculer une émotion, et ça avait son effet (parce que Patton sait faire ce genre de chose) et collait parfaitement à l'univers de chacun des albums. Là, avec un nouveau panorama, Patton retrouve la pleine amplitude de son registre, quelque chose qu'on avait plus entendu depuis l'Anonymous de Tomahawk voire depuis que Mr. Bungle et Faith No More avaient plié les gaules, c'est dire si c'est une bonne nouvelle et si sa contribution permet d'enrichir notablement l'étendue émotionnelle de la galette. La seconde « star » de l'album est indéniablement Medeski et son orgue qui créent des climats, des ambiances habillant à la perfection chacune des montées de sève, chacune des accalmies... Il fait peut-être même ici sa plus notable performance en collaboration avec John Zorn. Et il ne faut, bien entendu, pas oublier la formidablement adaptable section rythmique composée du vieux compagnon de route qu'est Joey Baron (batterie) et du bassiste Trevor Dunn qui, du fait de l'absence de guitariste, assume ponctuellement le rôle, avec brio, comme il se doit.
Pour expliquer à quel point ce Templars est étrange, si on devait le décrire avec quelques autres références musicales on citerait, pêle-mêle, Soft Machine, Procol Harum, Ruins, Black Flag, King Crimson, SunO))) ou Black Sabbath... Rien que ça ! Le miracle, en l'occurrence, est la cohérence de ce concept album (sur les Templiers), oeuvre vénéneuse, attirante et si étonnamment peu difficile qu'on la conseillera volontiers à tous ceux qui veulent entendre Zorn versant rock et ne savent par où commencer avec l'assurance de récolter quelques remerciements.
Comme quoi, quand l'ambition rencontre le talent (le génie ?), tout devient tout de suite plus simple... Même si Templars ne l'est pas pour autant.
JOHN ZORN "THE HERMETIC ORGAN"
Enregistrement:
2011
(9 décembre, 11 heures du soir
Chapelle St Paul
de l'Université de Columbia)
Temps:
36:25
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. Office Nr 4 36:25
- Introit
- Benediction
- Offertory
- Elevation
- Communion
- Descent
(pas d'extrait !)
Personnel:
-
John Zorn: orgue d'église
L'avis de Mister Moods:
John Zorn seul à l'orgue en la Chapelle St Paul de l'Université de Columbia le 9 Novembre 2011 à 23h. Live donc. Plus que live, en vérité, en format impro et sur l'instrument qui vit ses premiers pas d'instrumentiste, il y a un demi-siècle de ça : l'orgue d'église.
Il n'est besoin que de connaitre la réputation de l'hyperactif compositeur New Yorkais pour se douter que la performance n'aura rien de banal, rien de facile non plus. En l'occurrence, profitant de la puissance de l'instrument, de sa capacité à « droner » à qui mieux mieux aussi, Zorn laisse son imagination divaguer entre chaos et contemplation, bruit et douceur. Rien que de très classique, en somme, pour un créateur dont on connait la totale liberté et le goût pour des climats nuancés. En l'occurrence, pour pleinement profiter des ambiances et mélodies ici instillées, il faudra savoir s'abandonner, se laisser aller à cette messe noire, païenne, évoquant des images d'un comte Frankenstein donnant vie sa créature ou d'un Vlad Tepes sortant de l'ombre pour croquer le cou de sa prochaine victime. Pas vraiment surprenant quand on sait que l'attirance initiale de Zorn pour l'instrument a beaucoup à voir avec sa fascination enfantine pour les musiques des films d'horreurs de la Hammer où, justement, l'orgue avait une place non négligeable. On peut même dire que l'exercice a quelque chose de régressif pour le presque sexagénaire. Régressif et prospectif à la fois, sacré Zorn !
Evidemment, cet Objet-Musical-Non-Identifié ne sera pas à mettre entre toutes les oreilles. Ceci dit, dans les bonnes conditions (une nuit de pleine lune, par exemple), cette musique, à la fois savante et primitive, fera indéniablement son « petit effet ». Et maintenant, on attend la suite...
JOHN ZORN "RIMBAUD"
Enregistrement:
2011/12
Temps:
47:22
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. Bateau Ivre 11:01
2. A Season in Hell 12:21
3. Illuminations 11:38
4. Conneries 12:20
Personnel:
-
John Zorn: samples, electronics, saxophone alto, piano, orgue, guitar, batterie, bruitages
-
Trevor Dunn: basse
-
Brad Lubman: direction
-
Ikue Mori: laptop, electronics
-
Kenny Wollesen: batterie
-
Mathieu Amalric: voix
-
Steve Beck: piano
-
Erik Carlson: violon
-
Stephen Gosling: piano
-
Chris Gross: violoncelle
-
Al Lipowski: vibraphone
-
Rane Moore: clarinette
-
Tara O’Connor: flute
-
Elizabeth Weisser: viola
L'avis de Mister Moods:
Appréhender Rimbaud, même quand on s'appelle John Zorn, est forcément un exercice périlleux, délicat. En l'occurrence, en quatre titres et autant de formations, Zorn n'y va pas par quatre chemins et ose se désolidariser du texte pour embrasser l'esprit, démarche à ma connaissance inédite en regard de l'aeuvre du Grand Arthur.
Première pièce, Bateau Ivre tangue en version classique contemporain où l'atonalité, les dissonances ne sont jamais bien loin. Alternant cavalcades éméchées et contemplation vacillante, flute et clarinette en disturbances papillonnesques principales, ce n'est pas une pièce à priori facile (et pas si éloignée des explosions cartoonesques bien connues du maître, pour situer) mais qui s'avère, au final, d'une communicative verve et une traduction étonnamment juste du texte inspirateur.
Suivant, A Season in Hell (une saison en enfer) propose collages, samples et manipulations électroniques maladivement vibrantes distillées par Zorn himself et sa complice japonaise Ikue Mori. Le résultat doit s'écouter fort, très fort même avec des lumières stroboscopiques irrégulières et oppressantes. On imagine alors cette descente au tréfonds d'une âme en désarroi, celle d'Arthur.
La tonalité des Illuminations est évidemment tout autre. En l'occurrence, si la formation (un trio piano, contrebasse et batterie) évoque le jazz, la musique s'en distancie notablement quoique relativement rythmiquement. Clairement, c'est bien la performance explosive et virtuose du pianiste Stephen Gosling (et concomitamment l'écriture chaotique de Zorn) qui tirent la composition vers de chamboulés et vertigineux sommets où la mélodie, jamais vraiment absente, s'écoute en filigrane.
4ème et ultime pièce, Conneries propose un duo entre le maître de cérémonie (ici multi instrumentiste : sax, piano, orgue, guitare, batterie et bruitages... rien que ça !) et l'acteur/réalisateur Mathieu Amalric rencontré pour une interprétation du Cantique des Cantiques à la Cité de la musique. Et quelle pièce ! Déjantée semble le mot le plus approprié pour décrire la rencontre des instrumentations déstructurées, de l'imagination iconoclaste de John et l'interprétation protéiforme de Mathieu. Et c'est souvent drôle en plus !
Quatre longues pistes (plus de dix minutes chacune), quatre interprétations d'une aeuvre qui n'a pas fini d'inspirer des artistes aussi divers que multiples pour des lectures aussi éparpillées et différentes que possible. Zorn s'en sort-il bien ? La réponse est clairement oui même si, comme à l'accoutumé, on se doit d'émettre les avertissements d'usage quand à l'approche d'une musique qui restera à réserver aux amateurs d'exigeantes et étranges odyssées. Si c'est votre cas, vous pouvez y plonger sans réserve !
JOHN ZORN "A VISION IN BLAKELIGHT"
Enregistrement:
2011
Temps:
50:19
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. When the Morning Stars Sang Together 5:27
2. The Hammer of Los 3:58
3. Jerusalem 5:14
4. The Prophecy 3:09
5. And He Rode Upon the Cherubim 5:09
6. Marriage of Heaven and Hell 4:17
7. A Woman Clothed with the Sun 5:20
8. Shadows in Ancient Time 5:38
9. An Island in the Moon 7:06
10. Night Thoughts 4:55
Personnel:
-
John Medeski: piano, orgue
-
Kenny Wollesen: vibraphone, cloches
-
Trevor Dunn: basse
-
Joey Baron: batterie
-
Carol Emanuel: harpe
-
Cyro Baptista: percussions (1-3, 7)
L'avis de Mister Moods:
John Zorn serait-il de ces théoriciens d'un prochain Apocalypse pour qu'il se précipite tant à enquiller album après album... Merveille après merveille, aussi.
On le retrouve ici dans sa série dédiée à son interprétation musicale de diverses spiritualités (autre que le judaïsme, donc), série commencée relativement récemment (en février 2010 avec In Search of Miraculous) et donc voici pourtant déjà le 5ème volume (avant un 6ème prévu avant la fin de l'année ! Diable, Zorn ne désarme pas !).
Pour l'occasion, si l'on excepte l'acteur britannique Jack Huston venu prèter sa voix sur un titre (donnant ainsi encore un peu plus de corps à la lecture instrumentale de William Blake par Zorn), le compositeur a réuni un line-up d'habitués, de ces équipes qui le comprennent d'un clin d'oeil, d'un doit gigotant, bref, une formation confortable, aux petits oignons... pour une partition supérieurement mélodique, harmonieuse.
Parce qu'il faut bien le constater, cette série mystique se caractérise par son étonnante facilité d'accès. Etonnante pour un compositeur ayant goûté (et goûtant toujours) aux grincements, excès et déviances jouissives que lui procurent le free jazz, le hardcore punk ou la musique contemporaine (etc.). Mais pas de ça ici ! Ici, Zorn offre une démonstration de plus de son talent à tourner autour de mélodies cousines, et pourtant toujours nouvelles, d'utiliser le meilleur de musiciens triés sur le volet aussi. Ainsi ne dira-t-on jamais assez de bien de la harpe gracile de Carol Emanuel, du vibraphone délicat de Kenny Wollesen ou du piano (pour la circonstance) de John Medeski de Medeski Martin & Wood, invité de marque, guest star de luxe d'un album qu'on qualifierait volontiers (comme ses devanciers d'ailleurs) de jazz de chambre si ne glissait ponctuellement dans des domaines plus exigeants et n'emportait pas, encore plus que les autres volumes de la série, l'auditeur dans une sorte de rêve éveillé peuplé d'Anges blagueurs, de Saints potaches ou de Dieux malicieux (comme sur The Prophecy par exemple). Et c'est bien là la force de cette "tranche" de création zornienne : savoir oser, tenter (et réussir) en gardant toujours à l'esprit l'aspect abordable voulu pour la "chose", et c'est magnifiquement réussi sur ce Vision in Blakelight à dominante méditative.
Décidément, 2012 aura été une nouvelle très belle année pour l'hyperactif John Zorn, une superbe année où cette énième offrande (la neuvième sur onze pour l’an !) fait figure de pinacle, d'ultime déclaration de grâce, de génie.
JOHN ZORN "MUSIC AND ITS DOUBLE"
Enregistrement:
2011/12
Temps:
42:32
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. A Rebours 11:12
2. Ceremonial Magic 1 5:36
3. Ceremonial Magic 2 4:07
4. Ceremonial Magic 3 5:52
5. Ceremonial Magic 4 4:02
6. La Machine de l'Être: I- Tetème 4:09
7. La Machine de l'Être: II- Le révélé 3:26
8. La Machine de l'Être: III- Entremêlés 4:04
Personnel:
-
Fred Sherry,
Mike Nicolas: violoncelle
-
William Winant,
Alexander Lipowski,
Joe Pereira: percussions
-
Kenny Wollesen: batterie
-
Bradley Lubman: chef d'orchestre
-
Lahti Symphony Orchestra : orchestre
-
Sakari Oramo: conducteur
-
David Fulmer: violon, viola
-
Jennifer Choi: violon
-
Anu Komsi: soprano
-
Tara Helen O'Connor: flute
-
June Han: harpe
-
Josh Rubin: clarinette
-
John Zorn: compositeur, producteur, artwork
L'avis de Mister Moods:
John Zorn serait-il de ces théoriciens d'un prochain Apocalypse pour qu'il se précipite tant à enquiller album après album... Merveille après merveille, aussi.
On le retrouve ici dans sa série dédiée à son interprétation musicale de diverses spiritualités (autre que le judaïsme, donc), série commencée relativement récemment (en février 2010 avec In Search of Miraculous) et donc voici pourtant déjà le 5ème volume (avant un 6ème prévu avant la fin de l'année ! Diable, Zorn ne désarme pas !).
Pour l'occasion, si l'on excepte l'acteur britannique Jack Huston venu prèter sa voix sur un titre (donnant ainsi encore un peu plus de corps à la lecture instrumentale de William Blake par Zorn), le compositeur a réuni un line-up d'habitués, de ces équipes qui le comprennent d'un clin d'oeil, d'un doit gigotant, bref, une formation confortable, aux petits oignons... pour une partition supérieurement mélodique, harmonieuse.
Parce qu'il faut bien le constater, cette série mystique se caractérise par son étonnante facilité d'accès. Etonnante pour un compositeur ayant goûté (et goûtant toujours) aux grincements, excès et déviances jouissives que lui procurent le free jazz, le hardcore punk ou la musique contemporaine (etc.). Mais pas de ça ici ! Ici, Zorn offre une démonstration de plus de son talent à tourner autour de mélodies cousines, et pourtant toujours nouvelles, d'utiliser le meilleur de musiciens triés sur le volet aussi. Ainsi ne dira-t-on jamais assez de bien de la harpe gracile de Carol Emanuel, du vibraphone délicat de Kenny Wollesen ou du piano (pour la circonstance) de John Medeski de Medeski Martin & Wood, invité de marque, guest star de luxe d'un album qu'on qualifierait volontiers (comme ses devanciers d'ailleurs) de jazz de chambre s'il ne glissait ponctuellement dans des domaines plus exigeants et n'emportait, encore plus que les autres volumes de la série, l'auditeur dans une sorte de rêve éveillé peuplé d'Anges blagueurs, de Saints potaches ou de Dieux malicieux (comme sur The Prophecy par exemple). Et c'est bien là la force de cette "tranche" de création zornienne : savoir oser, tenter (et réussir) en gardant toujours à l'esprit l'aspect abordable voulu pour la "chose", et c'est magnifiquement réussi sur ce Vision in Blakelight à dominante méditative.
Décidément, 2012 aura été une nouvelle très belle année pour l'hyperactif John Zorn, une superbe année où cette énième offrande (la neuvième sur onze pour l’an !) fait figure de pinacle, d'ultime déclaration de grâce, de génie.
JOHN ZORN "THE CONCEALED"
Enregistrement:
2012
Durée:
62:40
Bitrate:
320kbps
Tracklist:
1. Persepolis 4:02
2. The Hidden Book 2:57
3. Passage to Essentuki 3:44
4. Pathway of Fire 4:01
5. Towards Kafiristan 3:29
6. Kavanah 5:03
7. Back to Bokhara 5:24
8. The Silver Thread 4:28
9. The Dervish 6:33
10. The Way of the Sly Man 3:50
11. Amu Darya 4:45
12. A Portrait of Moses Cordovero 5:37
13. Visitation of the Night Angels 4:09
14. Life Is Real Only Then, When "I Am" 4:31
Personnel:
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John Medeski: piano
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Kenny Wollesen: vibraphone
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Erik Friedlander: violoncelle
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Trevor Dunn: basse
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Joey Baron: batterie
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John Zorn: composition, arrangement, direction, production
L'avis de Mister Moods:
Et hop! Et de onze ! En cette approche de fin du monde (ha ha ha), Zorn continue d'enquiller les albums comme on enfile les perles, avec une facilité, un naturel, une décontraction et une constance qui laisse pantois. Ici, ayant réuni un casting d'un extrême classicisme zornien (même John Medeski, décidément très présent en 2012) il nous présente un album qui ne l'est pas moins.
Passé le prétexte de l'exploration musicale de mythe et spiritualités orientales (ou comme sous-titré "Esoteric secrets and hidden traditions of the East", y a bien un peu de ça mais on sent le concept un poil capilotracté), c'est à une formation et un univers particulièrement proche de celui du délicieux Bar Kokhba (et un peu The Dreamers aussi, l'aspect groupe à géométrie variable en sus), et vu que Zorn sait admirablement bien composer pour ce genre de jazz oriental de chambre, on ne s'en plaindra pas. De fait, mélodique et fin comme purent l'être en leur temps un Lucifer ou un Circle Maker, c'est une collection qui ira droit au coeur des amateurs du maître et qui, sans rien révolutionner de sa multiple grammaire, offre une fort appréciable heure de "Zorn facile" satisfera même les curieux de passage.
A vrai dire, il n'y a pas grand chose à dire de plus sur cet album tout sauf surprenant mais cependant impeccablement réussi. Du Zorn classique ? Oui ! Mais du Zorn suprême !